Theory and History of Ontology

by Raul Corazzon | e-mail: rc@ontology.co

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René Descartes. Bibliographie Chronologique et Annotée (Deuxième Partie: (1641-1650)

Première Partie (1616-1640)

BIBLIOGRAPHIE

Pour la liste des éditions de références et des abréviations voir René Descartes. Outils de recherche: Biographies, Dictionnaires et Lexiques des Ses Œuvres

  1. ———. 1641. Meditationes de prima Philosophia in qua Dei existentia et animae immortalitas demostrantur. Parisiis: Michaelem Soly.

    AT VII : Epistola 1; Praefatio ad Lectorem 7; Synopsis sequentium sex Meditationum 12; Meditatio I-VI 17-90; Objectiones Primae 91; Responsio Authoris 101; Objectiones Secundae 121; Responsio 128; Rationes Dei existentia et animae a corpore distinctionem probantes, more geometrico dispositae 160; Objectiones Tertiae cum Responsionibus Authoris 171; Objectiones Quartae 196; Objectiones Quintae 256; Responsio 347; Disquisitio metaphysica Gassendus Sorberio 392; Objectiones Sextae 412; Responsio 422; Objectiones Septimae cum Notis Authoris 464; Epistola ad patrem Dinet 563-603.

    B Op. I, 680-799; Objectiones cum Responsionibus, 800-1395.

    Les VII Objectiones et l' Epistola ad patrem Dinet sont ajoutées dans la deuxième édition.

    Date de composition : octobre 1639 - mars 1640.

    Première édition : 28 août 1641.

    Deuxième édition revue avec le titre : Meditationes de prima philosophia, in quibus Dei existentia, et animae humanae a corpore distinctio, demostrantur. Amstelodami: Ludovicum Elzevirium, 1642 (réimpression anastatique Lecce, Conte Editore, 1992).

    Après le Traité de métaphysique de 1628-29 (qui n'a pas été conservé) et la Quatrième partie du Discours de la méthode c'est le premier texte publié par Descartes sur la métaphysique (La Recherche de la Vérité a été publié seulement en 1684).

    La première mention de l'œuvre est dans la lettre à Mersenne du 13 novembre 1639 : "Les opinions de vos Analystes, (*) touchant l'existence de Dieu et l'honneur qu'on lui doit rendre, sont, comme vous écrivez, très difficiles à guérir ; non pas qu'il n'y ait moyen de donner des raisons assez fortes pour les convaincre, mais parce que ces gens-là, pensant avoir bon esprit, sont souvent moins capables de raison que les autres. Car la partie de l'esprit qui aide le plus aux mathématiques, à savoir l'imagination, nuit plus qu'elle ne sert pour les spéculations métaphysiques. J'ai maintenant entre les mains un discours, où je tâche d'éclaircir ce que j'ai écrit ci-devant sur ce sujet ; il ne sera que de cinq ou six feuilles d'impression; mais j'espère qu'il contiendra une bonne partie de la métaphysique. Et afin de le mieux faire, mon dessein est de n'en faire imprimer que vingt ou trente exemplaires, pour les envoyer aux vingt ou trente plus savants théologiens dont je pourrai avoir connaissance, afin d'en avoir leur jugement, et apprendre d'eux ce qui sera bon d'y changer, corriger ou ajouter, avant que de le rendre public." (AT II, 622; O VIII 1, 351-352; B 224).

    (*) [Les géomètres de Paris]

    La rédaction est terminée en mars 1640 : "Je ne ferai point imprimer mon essai de Métaphysique (14) que je ne sois à Leyde, où je pense aller dans cinq ou six semaines (15)" lettre à Mersenne, 11 mars 1640 (AT III, 35-36; O VIII 1, 367-368; B 246).

    (14) Ls Meditationes seront imprimés à Paris en 1641, puis à Amsterdam en 1642.

    (15) Descartes date de Leyde toute une série de lettres écrites entre le 7 mai 1640 et le 18 mars 1641.

    En novembre 1640 le livre est envoyé à l'imprimeur: "Le peu que j'ai écrit de métaphysique est déjà en chemin pour aller à Paris (5), où je crois qu'on le fera imprimer, et il ne m'en est resté ici qu'un brouillon si plein de ratures, que j'aurais moi-même de la peine à le lire, ce qui est cause que je ne puis vous l'offrir ; mais sitôt qu'il sera imprimé, j'aurai soin de vous en envoyer des premiers, puisqu'il vous plaît me faire la faveur de le vouloir le lire, et je serai fort aise d'en apprendre votre jugement." Lettre à Colvius du 14 novembre 1640, AT III, 248; O VIII 2, 586; B 287).

    (5) Voir à Mersenne, 11 novembre 1640 (AT III 238-239, [O VIII 1, 424] B 285) « [...] je vous envoie enfin mon écrit de Métaphysique... »

    Descartes envoie une copie du manuscrit à Huygens et Mersenne :

    - Constantin Huygens : "J'ai envoyé dès hier ma Métaphysique à Monsieur de Zuylichem pour vous l'adresser ; mais il ne l'enverra que dans huit jours, car je lui ai donné ce temps pour la voir. Je n'y ai point mis de titre, mais il me semble que le plus propre sera de mettre Renati Descartes Meditationes de prima Philosophia; car je ne traite point en particulier de Dieu et de l'âme, mais en général de toutes les premières choses qu'on peut connaître en philosophant. Vous verrez assez, par les lettres que j'y ai jointes, quel est mon dessein; et je n'en dirai ici autre chose, sinon que je crois qu'il n'y aura pas de mal, avant que de la faire imprimer, de stipuler avec le libraire qu'il nous en donne autant d'exemplaires que nous en aurons de besoin, et même qu'il les donne tout reliés ; car il n'y a pas plaisir d'acheter ses propres écrits, et je m'assure que le libraire pourra bien faire cela sans y perdre. Je n'aurai besoin ici que d'environ trente exemplaires ; pour Paris, c'est à vous de juger combien il nous en faudra." Lettre à Mersenne du 11 novembre 1640 (AT III, 235-236; O VIII 1, 424; B 283).

    - Marin Mersenne : "Je vous envoie enfin mon écrit de Métaphysique, auquel je n'ai point mis de titre, afin de vous en faire le parrain, et vous laisser la puissance de le baptiser (2). Je crois qu'on le pourra nommer, ainsi que je vous ai écrit par ma précédente, Meditationes de prima Philosophia ; car je n'y traite pas seulement de Dieu et de l'âme, mais en général de toutes les premières choses qu'on peut connaître en philosophant par ordre. Et mon nom est connu de tant de gens que, si je ne voulais pas le mettre ici, on croirait que j'y entendrais quelque finesse, et que je le ferais plutôt par vanité que par modestie (3).

    Pour la lettre à Messieurs de Sorbonne (4), si j'ai manqué au titre, ou qu'il y faille quelque souscription, ou autre cérémonie, je vous prie d'y vouloir suppléer, et je crois qu'elle sera aussi bonne, étant écrite de la main d'un autre, que de la mienne. Je vous l'envoie séparée du traité, à cause que, si toutes choses vont comme elles doivent, il me semble que le meilleur serait, après que le tout aura été vu par le P. Gibieuf (5), et, s'il vous plaît, par un ou deux autres de vos amis, qu'on imprimât le traité sans la lettre, à cause que la copie en est trop mal écrite pour être lue de plusieurs, et qu'on le présentât ainsi imprimé au Corps de la Sorbonne, avec la lettre écrite à la main; en suite de quoi il me semble que le droit du jeu sera qu'ils commettent quelques-uns d'entre eux pour l'examiner (6) ; et il leur faudra donner autant d'exemplaires pour cela qu'ils en auront besoin, ou plutôt autant qu'ils sont de docteurs (7), et s'ils trouvent quelque chose à objecter, qu'ils me l'envoient, afin que j'y réponde ; ce qu'on pourra faire imprimer à la fin du livre. Et après cela il me semble qu'ils ne pourront refuser de donner leur jugement, lequel pourra être imprimé au commencement du livre, avec la lettre que je leur écris. Mais les choses iront peut-être tout autrement que je ne pense ; c'est pourquoi je m'en remets entièrement à vous et au P. Gibieuf, que je prie par ma lettre (8) de vouloir vous aider à ménager cette affaire : car la Vélitation que vous savez (9) m'a fait connaître que, quelque bon droit qu'on puisse avoir, on ne manque pas d'avoir toujours besoin d'amis pour le défendre. L'importance est en ceci que, puisque je soutiens la cause de Dieu, on ne saurait rejeter mes raisons, si ce n'est qu'on y montre du paralogisme, ce que je crois être impossible, ni les mépriser, si ce n'est qu'on en donne de meilleures, à quoi je pense qu'on aura assez de peine." Lettre du 11 novembre 1640 (AT III, 239-240; O VIII 1, 424-425; B 285).

    (2) Voir à Mersenne, 18 mars 1641 (AT III 340, [O VIII 1, 457] B 305) : « vous en serez, s'il vous plaît, le parrain ».

    (3) L'ouvrage, comme on sait, parut sous le titre Renati Descartes Meditationes de prima philosophia, in qua Dei existentia et animae immortalitas demonstratur.

    (4) L'Epistola dedicatoria (AT VII 680-686) : en se tournant vers la faculté de théologie, Descartes montrait avoir renoncé à attendre un soutien de ses anciens maîtres jésuites.

    (5) Clerselier Lettres : « Le P. G. », et ailleurs.

    (6) Ce qui fut fait le 1er août 1641, avec la nomination de quatre docteurs (« commissaires »), Chastelain, Potier, Hallier et Cornet, « pour examiner la Métaphysique de Monsieur Descartes ». Il n'en est plus question par la suite, l'assemblée du 2 septembre se bornant à approuver les conclusions de l'assemblée précédente (l'achevé d'imprimer des Meditationes est du 28 août) ; voir J.-R. Armogathe, « L'approbation des Meditationes par la faculté de théologie de Paris 1641 », Bulletin cartésien XXI-XXII, p. 1-3, Archives de philosophie 57, 1, 1994.

    (7) C’était la procédure habituelle, qu'on trouve par exemple appliquée au livre de Pierre Dabillon, De la divinité défendue contre les athées, Paris, 1642, approuvé quelques semaines plus tôt par la Faculté.

    (8) À Gibieuf, 11 novembre 1640 (AT III, 238 l. 8-9, [O VIII 2, 792] B 284).

    (9) Sur l'affaire des thèses du P. Bourdin, voir lettre 76, n. 2, p. 940 et dossier Jésuites, lettre 6, [O VIII 1, 582-591] B 261.

  2. ———. 1641. Propositio demonstrata.

    Première édition: Clerselier, III, 1667, 475-479.

    AT III, 708-714 (CCXLIII bis); O III, 519-524.

    La proposition démontrée est la suivante : "Étant donné une section conique quelconque et un point situé comme on veut hors de son plan, on cherche un cercle qui soit une base du cône que décrit une droite tournant, à partir du point donné comme sommet, autour de la section conique donnée; car il n'est pas douteux que la surface ainsi décrite ne soit conique, et une fois qu'on a trouvé le cercle qui est une base, cela peut se démontrer facilement."

    "Entre avril et septembre 1641, Descartes rédigea (ou fit rédiger) en latin une solution à un vieux problème géométrique qui aurait été reproposé à la communauté mathématique par Desargues. Mydorge et Roberval sont censés avoir donné également chacun la leur (dont on ne sait rien aujourd’hui).

    Notre Annexe X montre que Fermat s’est aussi intéressé à la question.

    Le texte de cette Propositio a été publié pour la première fois, sous le titre indiqué plus haut, par Claude Clerselier en 1667 dans le volume III de la Correspondance de Descartes, pages 475-479 (en annexe à la lettre LXXXIII du 12 octobre 1648. Le manuscrit semble perdu, et nul ne sait si, par exemple, les six figures qui y sont insérées sont plus ou moins de la main de Descartes, ou fortement interprétées - et dégradés - par son éditeur.

    (...)

    Une nouvelle traduction française de ce texte figure dans l’Annexe I. "

    André Warusfel, L’œuvre mathématique de Descartes dans La Géométrie: de la résolution des équations algébriques à la naissance de la géométrie analytique, thèse de doctorat, 2010, disponible en ligne à l'adresse: philosophie.ac-creteil.fr/IMG/pdf/Geometrie.pdf (pp. 576-577, notes omises).

  3. ———. 1642. Meditationes De Prima Philosophia, In quibus Dei existentia, et animae humanae à corpore distinctio, demonstrantur. Amstelodami: Ludovicum Elzevirium.

    AT VII : deuxième édition de l'œuvre publiée en 1641.

    "De quelle façon maintenant convient-il d’utiliser les éditions anciennes, soit pour le contenu du présent volume, soit pour l’établissement du texte ?

    Pour le contenu, la seconde édition, celle de 1642, doit évidemment faire loi. La première édition, en effet, est incomplète : il y manque les septièmes Objections, qui n’avaient pas été envoyées à temps pour y figurer, et qui d’ailleurs ont été faites, non pas, comme les autres, sur une copie manuscrite adressée avant toute impression par Mersenne aux théologiens ou philosophes dont il provoquait les critiques, mais sur le volume imprimé dès le 28 août 1641, et que le P. Bourdin, auteur des septièmes Objections, étudia de lui-même à seule fin de le critiquer. Descartes ayant joint, en outre, à ces septièmes Objections, accrues de ses propres Notes, la Lettre qu’il écrivit ensuite au P. Dinet, nous ne les séparerons pas non plus dans le présent volume." (AT VII, Avertissement à l'édition de 1983, p. XI).

    "La différence la plus notable entre la première et la deuxième édition "est un assez long passage qui termine les Réponses de Descartes aux quatrièmes Objections d’Antoine Arnauld : ce passage très important sur l’Eucharistie, envoyé d’abord en 1640 à Mersenne, n’avait point paru dans la première édition, en 1641, sans doute afin d’obtenir plus aisément l’approbation de la Sorbonne ; il fut rétabli naturellement dans l’édition de 1642 (voir ci-après, p. 252, l. 22, à p. 256, l. 8)." (AT VII, Avertissement à l'édition de 1983, p. XIII).

  4. ———. 1642. [Epistola] Ad Reverendo Patri Dinet. Amstelodami: Ludovicum Elzevirium.

    AT VII, 563-603; B Op. I 1426-1475.

    Traduction française par Claude Clerselier dans la deuxième édition des Méditations Métaphysiques (1661).

    Nouvelle traduction par Theo Verbeek dans : René Descartes et Martin Schoock, La Querelle d'Utrecht, Paris: Les impressions nouvelles, 1988, pp. 131-151.

    Table des matières : Jean-Luc Marion : Préface 7; Theo Verbeek: Introduction 19; Narration Historique de la manière dont la philosophie nouvelle a été soutenue d'abord, puis abolie, précédée du Témoignage de l'Académie d'Utrecht 71; René Descartes : Lettre à Dinet 125; Martin Schoock : L'Admirable Méthode 153; René Descartes : Lettre à Voet 321; René Descartes : Lettre Apologétique aux Magistrats d'Utrecht 401; Theo Verbeek : Notes 439-540.

    Sur l'histoire de la Querelle, voit l'Introduction de Theo Verbeek, pp. 19-66.

    Theo Verbeek a traduit en français les pièces principales de la controverse entre Descartes et Gijsbert Voet (1589-1676) dans La Querelle d'Utrecht, cit. :

    "...d'abord la Lettre au Père Dinet, qui, publiée en appendice à la seconde édition des Meditationes (1642) déclenche, en mentionnant les attaques de G. Voet contre Regius et Descartes, un conflit ouvert ; ensuite la réplique de Schoock, suscitée par G. Voet, sous le titre de La Méthode Admirable de la nouvelle philosophie cartésienne (1643) qui attire, en retour, la Lettre à G. Voet où, pour la première fois (mai 1643), Descartes accepte le combat direct ; la réponse prendra l'aspect d'une Narration historique (octobre 1643), suivant de peu un arrêt pris par les magistrats d'Utrecht contre Descartes (13 septembre 1643), précédant aussi de peu une intervention en faveur de Descartes de M. de la Thuillière, Ambassadeur de France. La querelle fut cependant assez vive pour que Descartes adresse encore, un an et demi plus tard, une Lettre apologétique aux Magistrats d'Utrecht (juin 1645) et tienne à la publier en mars 1648. L’importance du dossier se marque au nombre des pièces qui le composent (et de nombreuses lettres pourraient s’y adjoindre), mais aussi au temps que lui consacre Descartes — pourtant si soucieux de son loisir et de son repos : pendant près de six ans, tout son temps de travail (et il s'agit des Principia puis des Passions de l'âme) sera conquis sur la distraction et l'inquiétude d’une polémique de plus en plus âcre et dangereuse. Il paraît donc impossible, au simple vu de ces titres et de ces dates, de sous-estimer, encore plus d'ignorer, un épisode aussi important et importun de la vie de Descartes. Le travail de Theo Verbeek se justifie donc entièrement, ne fût-ce que d’un point de vue historique ; il contribuera, comme un document indispensable, à la connaissance du premier cartésianisme hollandais."

    (Jean-Luc Marion, Préface à La Querelle d'Utrecht, p. 8).

    "Les Jésuites semblaient être un peu plus partagés que les pères de l’Oratoire sur la philosophie de M. Descartes ; et la diversité des opinions était grande dans leur Compagnie sur ses Méditations métaphysiques. Les uns se contentaient de goûter ses principes et ses raisonnements, ou de louer ses bonnes intentions et ses efforts, sans aller au-delà, comme le P. Noël, le P. Fournier, le P. J. François, le P. Grandamy, le P. Dinet, qui était provincial de France à Paris, le P. Charles son parent, qui était assistant du général de la Compagnie de Rome. Le P. Dinet qui avait été autrefois son préfet à La Flèche, ayant fait un voyage à Rome sur la fin de la même année [1642], ne manqua point d’entretenir le P. Charlet du livre de ses Méditations ; et il voulut donner avis au philosophe de tout ce qui s’était dit de plus obligeant entre eux à son sujet, par une lettre qu’il lui en écrivit de Rome vers le commencement de l'avent. M. Descartes crut devoir faire part de la joie qu'il en reçut au P. Mersenne dans le même temps des étrennes de l’année suivante. Il lui marqua aux termes du P. Dinet l’estime que le P. Charlet faisait de ses études, et qu’il avait pour sa personne ; croyant que ce père n'attendait à se déclarer ouvertement pour sa philosophie qu'après la publication de ses Principes."

    Baillet II, chapitre VIII, 159-160.

    "De plus, je ne voudrais pas qu'on me croie sur parole lorsque je parle de la vérité des écrits que je promets, mais qu'on en juge par les Essais que j'ai déjà donnés. Car loin d'y avoir expliqué une ou deux questions, j'en ai discuté des centaines qui auparavant n'avaient pas été traitées de la sorte. Et quoique beaucoup de personnes aient lu mes écrits d'un œil jaloux et aient fait de leur mieux pour les réfuter, personne, autant que je sache, n'a été à même d’y trouver autre chose que de la vérité. Qu'on fasse la liste de toutes les questions qui, depuis tant de siècles où il y a des philosophies, ont été résolues par leur moyen : on n'en trouvera probablement ni beaucoup, ni de très importantes. J'ose même prétendre qu'il n'y a jamais eu de question dont je ne pourrais montrer que la solution qu'on en a donnée à partir des principes propres à la philosophie péripatéticienne est fausse et mal fondée. Qu'on en fasse l'épreuve : qu'on les propose, non pas toutes il est vrai, car je ne crois pas qu'elles vaillent la peine d'y employer beaucoup de temps, mais quelques-unes des plus spéciales. On verra que je tiendrai mes promesses (42). Ma seule restriction, que je fais pour prévenir tout sujet de chicane, est que si je dis "principes propres à la philosophie péripatéticienne", je ne veux pas parler de ces questions dont la solution est tirée soit de l’expérience commune de tous les hommes, soit de la considération des figures et du mouvement qui est le fait des mathématiciens, soit enfin de ces notions métaphysiques qui sont généralement reçues et que j'admets comme les autres : on les trouvera dans mes Méditations.

    Qu'on me permette encore ce qui paraîtra un paradoxe : en tant que cette philosophie est jugée péripatéticienne, et différente des autres, elle ne contient rien qui ne soit pas nouveau ; et la mienne rien qui ne soit pas ancien. Car en ce qui concerne les principes, je n'admets que ceux qui, jusqu'ici, ont été partagés par tous les philosophes et qui de ce fait sont les plus anciens de tous. Et en ce qui concerne ce que j'en déduis par après, je ne fais que montrer ce que contenaient ceux-là d'une façon implicite, mais cela d'une façon tellement claire qu'on voit que cela aussi, se trouvant naturellement dans l'esprit des hommes, est en réalité très ancien. D'autre part, les principes de la philosophie ordinaire étaient de toute façon nouveaux à l'époque où ils furent inventés par Aristote ou par d'autres. Ils ne sont pas maintenant meilleurs qu'ils n'étaient jadis. On n'en déduit rien qui ne soit pas controversé, et qui ne puisse être changé ou adapté à la façon d'une École ou au gré du premier philosophe venu. Par conséquent il n'y a rien qui soit plus nouveau, puisqu'on la renouvelle tous les jours (43)." (Lettre à Dinet, traduction de Theo Verbeek, La Querelle d'Utrecht, cit., p. 140, AT VII, 580).

    (42) Voir le commentaire de Schoock, Admiranda Methodus, section II chap. 4.

    (43) Voir pour tout ce passage, d’une part ce que dit Descartes dans son Discours (VI, AT VI, 77 ; [O III, 132-133]), d'autre part le commentaire mordant de Schoock dans l'Admiranda Methodus, section Π, chap. I. C'est à partir d'une notion pareille que certains cartésiens amorceront la "philosophia novantiqua", synthèse originale d'aristotélisme et de cartésianisme ; voir A. Heereboord, Meletemata Philosophica (Lugd. Bat., 1654) ; Philosophia Naturalis cum commentariis Peripateticis (Lugd. Bat., 1663) ; J. de Raei, Clavis Philosophiae Naturalis Aristotelico-Cartesianae (Lugd. Bat., 1654) ; De Sapientia Veterum (Amstel., 1669) ; et en général J. Bohatec, Die Cartesianische Scholastik in der Philosophie und reformierten Dogmatik des 17. Jahrhunderts, Leipzig, 1912.

  5. ———. 1642. Excerpta P. Kircher, De magnete.

    AT XI, 635-639; B Op. II 1386-1389.

    Annotations à l'œuvre d'Athanasius Kircher (1602-1680) De magnete sive de arte magnetica Romae: L. Grigarani, 1641.

    Lettre du 5 janvier 1643 à Constantin Huygens : "... j'espère qu'elle ne retardera point l'impression de ma Philosophie, en laquelle j'approche de l'endroit où je dois traiter de l'aimant (8). Si vous jugez que le gros livre que vous avez de cette matière, duquel je ne sais point le nom (9), m'y puisse servir, et qu'il vous plaise de me l'envoyer, je vous en aurai obligation" (AT III 801; O VIII 2, 107; B379)

    (8) Il s'agit des §§ 133-183 des Prìncipia IVa (AT VIII-1 275-311).

    (9) Le Magnes d'Athanase Kircher (Rome, 1641, 916 p. in-4° ; Cologne, 1643, 797 p. in-4°); Huygens l’envoie à Descartes avec sa réponse du 7 janvier 1643 et un commentaire acerbe contre les jésuites : « Voici d'ailleurs l'Aimant de Kircherus, où vous trouverez plus de grimace que de bonne étoffe, qui est l’ordinaire des jésuites. Ces écrivasseurs pourtant vous peuvent servir en des choses quœ facti sunt, non jurìs [qui sont d’ordre du fait et non du droit]. Ils ont plus de loisir que vous à se pourvoir d’expériences : on se peut prévaloir au besoin de leurs rapports » (AT III 802, B380).

  6. ———. 1643. Epistola Renati Des-Cartes Ad celeberrimum Virum D. Gisbertum Voetium. Amstelodami: Ludovicum Elzevirium.

    La première édition est suivie de la traduction néerlandaise : Brief van Rene Des Cartes aen den vermaerden D. Gisbertus Voetius, Amsterdam 1643.

    AT VIII-2, 1-194; B Op. I 1493-1691.

    Traduction de Victor Cousin dans son édition des Œuvres de Descartes, vol. XI, Paris: Levrault, 1825, pp. 3-198 ; cette traduction a été reprise par Theo Verbeek dans La Querelle d'Utrecht, Paris: Les impressions nouvelles, 1988, pp. 327-399, avec l'omission de la sixième partie.

    "C'est ainsi que, croyant écrire une lettre, l'abondance de la matière a produit un livre. Je l'ai divisé en neuf parties, afin que chacune pût se lire à part, et peut-être avec moins d'ennui.

    Dans la première, je réponds à l'introduction du livre sur la Philosophie Cartésienne [1], dans laquelle l'auteur a voulu faire l'énumération sommaire de mes vices.

    Dans la seconde, je récompense M. Voet en racontant quelques-unes de ses actions qui m'ont d'abord fait connaître ses vertus.

    Dans la troisième, je parcours le premier et le second chapitre du même livre sur la Philosophie Cartésienne.

    Dans la quatrième, j'expose mon sentiment sur l'usage des livres et la doctrine de Voet.

    Dans la cinquième, je traite brièvement des autres chapitres de ce livre, c'est-à-dire du reste des deux premières sections.

    Dans la sixième, j'examine le livre de la Confrérie de la Vierge.

    Dans la septième, je considère les mérites de M. Voet, et l'exemple de charité chrétienne et de probité qu'il a donné dans cet ouvrage.

    Dans la huitième, je reviens au livre sur la Philosophie Cartésienne, et j’en réfute la préface (que je n'avais pas encore vue) et la troisième section.

    Dans la neuvième, je réponds à la quatrième et dernière section du même livre, et je montre en même temps que ses auteurs sont coupables de la calomnie la plus odieuse et la plus inexcusable."

    (AT VIII-2, 11-12; La Querelle d'Utrecht, cit., p. 330).

    [1] Martin Schoock (1614-1669, élève de Voetius), Admiranda Methodus Novae Philosophiae Renati De Cartes, Ultrajecti [Utrecht] : ex officina Joannis van Waesberge, 1643 (traduction française par Theo Verbeek, dans La Querelle d'Utrecht. cit., pp. 157-320).

    "Il paraît d'abord incontestable que, dans ses trois textes polémiques, Descartes retrouve et parfois développe certaines des thèses caractéristiques de sa philosophie.

    1. Il invoque, contre Voet, la bona mens (AT VIII-1, 45, ll. 12-13), pour la mettre en équivalence avec l'humana sapientia (43, ll. 15-17), sur le modèle de la Regula I (AT X, 359, l. 6 - 360, l. 15).

    2. Cette bona mens définit à son tour le domaine de la lumière naturelle, où la théologie révélée ne peut intervenir (AT VII, 598, ll. 5-11), conformément à une distinction déjà fixée par la Regula III (AT X, 370, ll. 16-25) et le Discours de la Méthode (AT VI, 28, l. 16 [O III, 100]) : ce départ entre les deux lumières, naturelle (raison) et révélée (foi, volonté), devient d’ailleurs aussitôt un argument contre ceux qui prétendent censurer des thèses philosophiques au nom de l'autorité religieuse ; car Voet passe d’une facultas (théologie) à une autre (médecine ou philosophie) par une faute de méthode, avant tout abus de pouvoir : "... censuram tuam theologicam absque ullo rationis praetextu ad quaestiones pure philosophicas extendere volueris..." (*) (VIII-2, 132, ll. 17-19). La ratio naturalis (51, l. 31) régente absolument le domaine qu'elle suffit à définir (3). Ainsi, face au décret de l'Université qui impose aux professeurs en débat théorique d'être "...contentos modica libertate disserendi in singularibus nonnullis opinionibus...” (AT VII, 593, ll. 11-12), de se contenter d'une liberté restreinte de discussion sur plus d'une opinion, il faut revendiquer sans concession la liberté philosophique, absolue dans les limites de la raison : "... liberum enim semper fuit philosophari." (AT VIII-2, 3, ll. 11-12).

    3. Par suite, Descartes mentionne aussi ici sa Methodus ad quaerendam veritatem (53, 4-5), dans les termes mêmes de la Regula IV, qu'il oppose, comme le faisaient les Regulae III et X, à la logique de l’Ecole : la bona mens ne peut s’exprimer en syllogismes (43, 17 sq.), sauf à sombrer dans la Sophistarum Dialectica (46, 16), "...puerilis illa Dialectica, cujus ope olim Sophistae, nulla scientiam habentes, de qualibet re copiose disserebant ac disputant’’** (50,19-22). Et, conformément à la Regula IV, la méthode ne disqualifie les figures du syllogisme que parce qu’elle utilise, comme autant de modèles de la vérité, les figures mathématiques (AT VII, 596, 19). Aucune "magie" (ibid.) ne peut lui être honnêtement opposée, puisque c’est elle qui élimine la magie des formes substantielles (4). Il convient aussi de noter d’autres thèses, directement liées aux Meditationes, dont elles offrent un commentaire indispensable. Ainsi la réponse à G. Voet nous donne-t-elle successivement une nouvelle définition de l’innéisme comme ce que "...ex proprii ingenii viribus cognoscere possimus" (AT VIII-1, 166, 24-25, et 166, 15-167, 14), une remarquable définition de ens "...ab essendo sive existendo...” (60, 13), une très éclairante distinction entre le verus Deus et l'aliquis deceptor summe potens de la Meditatio I (60, 16-26) (5). Enfin la cause habituelle de l'erreur trouve, dans le même texte, une détermination temporelle, qui anticipe sur la question de la liberté d’indifférence : "Si vero loquimini de diversis temporibus, quia ille qui nunc habet veram fidem, vel evidentem alicujus rei naturalis scientiam, potest alio tempore illam non habere : hoc inferi tantum infirmitatem humanae naturae, quae semper iisdem cogitationibus non immoratur, non autem quod in ipsa scientia ullum dubium debeat esse" (AT VIII-1, 170, 8-14)***. Quelques mois plus tard, nous retrouvons en effet cet argument, d'abord dans la discussion avec le P. Mesland — " la nature de l'âme est de n'être quasi qu'un moment attentive à la même chose"—, puis dans l'entretien avec la princesse Elisabeth : "... nous ne pouvons être continuellement attentifs à la même chose, quelque claires et évidentes qu'aient été les raisons qui nous ont persuadé ci-devant quelques vérités..." (6) ; ce thème, qui provient certes de la Meditatio V (AT VII, 69, 18-20), trouve donc dans la polémique avec Voet un relais sur le chemin de son ultime développement. Ainsi, ces écrits de circonstances appartiennent-ils pourtant indiscutablement à l’œuvre théorique de Descartes : ils en mobilisent explicitement maints thèmes récurrents, qu'ils amplifient et qui, en retour, les confirment (7)." (Jean-Luc Marion, Préface à La Querelle d'Utrecht, cit., pp. 9-10)

    (*) "...comment vous avez voulu étendre, sans l'ombre d'une raison, votre censure théologique à des questions purement philosophiques... "

    (**) "cette Dialectique puérile à l'aide de laquelle les anciens Sophistes, sans posséder aucune instruction solide, dissertaient et disputaient avec une admirable faconde sur n'importe quel sujet"

    (***) "Si vous voulez parler d'instants différents, entendez-vous que celui qui a, maintenant, une foi véritable ou une connaissance évidente de quelque objet naturel pourrait ne pas l'avoir à un autre moment."

    (3) G. Voet ne cesse, au contraire, de passer illégitimement d’un domaine à l'autre (AT VIII-1, 32,12-13 ; 33,12-18 ; 75,4-9; 88, 8-12 ; 132,15-20 ; 133,17-22 ; 242,18-243,14). Lorsque Descartes lui reproche d’usurper le rôle d'un prophète - "Sic ergo edam Voetius inter Prophetas" (103,27) -, il reprend en fait la mise en garde du Discours de la Méthode à propos de la théologie, pour laquelle "...il est besoin d'avoir quelque extraordinaire assistance du ciel, et d'être plus qu'homme.“ (D.M., AT VI, 8, 16-17 [O III, 86]), et dont il faut s'abstenir "...nisi quatenus modo extraordinario et supernaturali a Deo impellebantur" (AT VIII-1, 124, 13-14). Mais "...omnes homines sumus" (VIII-1, 91, 28), "...des hommes purement hommes..." (D.M., AT VI, 3, 21-22 [O III, 82]).

    (4) Les formes substantielles sont discutées, durant la querelle d'Utrecht, en AT VII, 587, 6 sq., et AT VIII-1, 32, 10 ; 26,13 ; et 62, 18.

    (5) Il faut insister sur l'importance de cette remarque pour l'interprétation des définitions successives de Dieu dans les Meditationes (voir notre analyse dans Sur le prisme métaphysique de Descartes, Paris, 1986, § 16, p. 223 sq.).

    (6) Voir successivement Á Mesland, 2 mai 1644, AT IV, 116, 6-8 [O VIII 1, 612; B 454], et Á Élisabeth, 15 septembre 1645, AT IV 295, 24-28 [O VIII 2, 228; B 521].

    (7) On relèvera aussi l'étonnante validation du cogito dans l'hypothèse où l'on conclurait seulement à sibi videri existere (AT VIII-1, 165, 11 - 166, 6).

  7. ———. 1644. Specimina philosophiae: seu Dissertatio de methodo rectè regendae rationis et veritatis in scientiis investigandae: Dioptrice, et Meteora. Amstelodami: Ludovicum Elzeverium.

    "Ex Gallico translata, et ab Auctore perlecta, variisque in locis emendata."

    AT VI, 517-720.

    Édition critique avec une introduction en anglais par Corinna Lucia Vermeulen, René Descartes, Specimina philosophiae. Introduction and Critical Edition, Utrecht, "Quaestiones Infinitae", volume 53, (2007).

    "La présente édition critique remplace la seconde partie du volume VI de l’édition d’Adam et Tannery, très insuffisante et manifestement constituée avec peu de soin : C. Vermeulen y a distingué plus d’une centaine d’erreurs (cf. p. 73)." Kavier Kieft, Bulletin cartésien XXXVIII (2009), Archives de philosophie, 2010/1 (Tome 73), p. 33.

    "Ces essais, que j’ai moi-même écrits en français [...] ont été, quelque temps après, traduits en latin par un de mes amis ; la version m’a été transmise afin que je puisse changer, à discrétion, tout ce qui ne me plaisait pas [...] ce que j’ai fait en plus d’un endroit ; mais, peut-être, en ai-je laissé passer beaucoup d’autres ; et ces derniers seront facilement reconnaissables, par rapport aux autres, parce que, presque partout, le traducteur fidèle s’est efforcé de faire du mot à mot, tandis que j’ai souvent changé le sens des phrases, et j’ai cherché à corriger non pas ses mots, mais mon sens." (Note de Descartes après l'Index, traduction par Giulia Belgioioso).

    "Le sieur Elzevier voyant avancer son impression des Principes de M. Descartes vers la fin fit solliciter l’auteur de lui permettre d'imprimer en même temps la traduction latine de ses Essais, après laquelle les étrangers qui n'avaient point l'usage de la langue française aspiraient depuis la première édition de ces Essais. Cette traduction avait été faite depuis peu de mois par M. [Étienne] de Courcelles, l'ancien ministre et théologien français, retiré en Hollande comme M. Rivet, M. Desmarets, M. Blondel, M. de Saumaise, et plusieurs autres savants calvinistes de France. M. de Courcelles avait embrassé le parti des arminiens, et avait même donné lieu à quelques zélés gomaristes de le soupçonner de socinianisme. Il était originaire d’Amiens en Picardie, mais il était né à Genève le 2 de mai 1586. Après avoir été quelque temps ministre des réformés en France, il avait passé en Hollande, et avait succédé à Simon Episcopius dans la chaire en théologie des remontrants à Amsterdam, où il eut Arnaud de Poelenbourg pour successeur, | et après lui Philippe de Limborch. Il mourut à Amsterdam le 22 de mai de l'an 1659."

    (...)

    "Il mit en latin le Discours de la méthode, la Dioptrique, et le traité des Météores. Mais il ne toucha point à la Géométrie, soit qu’il la jugeât au-dessus de sa portée, soit qu’il eût avis que M. Schooten se fût chargé de la traduire.

    M. Descartes, ayant donné son consentement pour l’impression de la traduction des trois traités, fut prié de la revoir auparavant, pour juger de sa conformité avec son original. Il ne refusa point d’user de son droit d’auteur, et se servit de cette occasion pour y faire quelques changements, comme nous avons remarqué qu’il fît à ses Méditations sur la traduction française de M. le duc de Luynes. Ce fut donc sur ses propres pensées qu’il fit des corrections, plutôt que sur les paroles du traducteur latin, à qui il rendit le témoignage d’avoir été fidèle et scrupuleux, jusqu’à s’efforcer de rendre le sens de l’auteur mot pour mot. Ce témoignage de M. Descartes en faveur de M. de Courcelles se trouvant à la tête de la traduction latine a dû satisfaire toutes les personnes raisonnables, qui auraient été en peine de savoir la raison des différences qui se trouvent entre le français et le latin; et il peut servir à condamner la mauvaise foi du sieur Jacques de Rèves, dit Revius, (*) qui à prétendu faire un crime d'infidélité à M. de Courcelles de tous ces changements, et qui a fait injure à M. Descartes en soutenant que tous ces endroits n'exprimaient point sa pensée." (Baillet II, chapitre XIV, 213-215.)

    (*) [Jakob Reefsen (1586 - 1658). Voir l'édition moderne de son œuvre éditée par Aza Goudriaan: Jacobus Revius, A Theological Examination of Cartesian Philosophy. Early Criticisms (1647), Leyden, Brill 2002.]

    "Le caractère propre du Discours de la méthode peut se rechercher aussi dans une deuxième direction : les conditions de sa réception. En effet le " projet ” implique, en 1637, l'ambition d’une réception, d'autant plus qu’il s'agit d'une très large réception pour laquelle Descartes renonce au latin et se confie au français : « Et si j'écris en français, qui est la langue de mon pays, plutôt qu'en latin, qui est celle de mes précepteurs, c'est à cause que j’espère que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure, jugeront mieux de mes opinions, que ceux qui ne croient qu'aux livres anciens » ( Discours de la Méthode, [AT VI] 77, 24-30 [O III, 97]).

    (...)

    Lors de sa première parution, rien ne laisse supposer que l'usage du français en ait accru la diffusion, bien au contraire. Ainsi, selon A. Baillet, c'est son éditeur lui-même qui suscita, en 1644, une traduction latine du Discours et des Essais (amputés de la Géométrie), les fameux Specimina.

    (...)

    On ne saurait mieux avouer que le vrai public scientifique - " les étrangers " -, que l'éditeur, mieux peut-être que l’auteur, connaît et devine, n'avait pas encore lu le Discours et les thèses avant 1644. Bref, s'il fallait encore «... traduire les Essais de sa philosophie en une langue qui put contribuer à rendre toute la terre cartésienne », c’est que, justement, le texte français n’avait pas encore suffi à rendre toute cette terre cartésienne. Cet aveu en demi-teinte trouve une indiscutable confirmation dans le nombre comparé des différentes éditions ; alors qu'entre 1637 et la fin du siècle, le Discours et les Essais ne comptent, en français, que cinq éditions ( Leyde 1637 ; Paris 1657, 1658, 1668 deux fois ), les Specimina, à partir de 1644, en connaissent dix (Amsterdam 1644, 1650, 1656 deux fois, 1664, 1672, 1685, 1692 et Francfort s/M. 1692) ; ainsi les Specimina ne font que retrouver l'étiage habituel des autres ouvrages latins de Descartes : les Meditationes reçoivent quatorze éditions jusqu'en 1709 ( tandis que leur traduction française n’en offre que quatre ) (2). La publication du Discours remonte certes à 1637, mais l'on peut soutenir l’hypothèse que sa lecture et sa réception ne commencent vraiment qu'en 1644, avec les Specimina Philosophiae seu Dissertatio de Methodo Recte regendae rationis et veritatis in scientiis investigandae ; Dioptrice et Meteora. Ex Gallico translata et ab Auctore perlecta, variisque in locis emendata.

    Cette double publication, et donc le retard qu'elle impose à la réception du Discours de la méthode et des Essais, produit plusieurs paradoxes qui ouvrent autant de questions à la recherche. - Les Specimina n'offrent pas seulement une simple traduction latine d'un texte français de référence : ils se donnent comme une édition révisée par l'auteur et par lui ?) corrigée, ab Auctore perlecta, variisque in locis emendata. Sans surévaluer la portée de cette indication, que son éditeur a parfaitement pu introduire sans l'avis ou la collaboration de Descartes, il faut relever certaines modifications et ajouts que l'on peut, raisonnablement, attribuer à l'auteur ; ne serait-ce, par exemple, que la célèbre définition marginale de l'idée comme «... omni re cogitata, quatenus habet tantum esse quoddam objectivum in intellecto » [AT VI, 559]. L'étude systématique des variantes entre le texte français et sa version en latin n'a été, jusqu'ici, qu’esquissée ( en particulier par E. Gilson ) ; elle seule déterminera quel texte a effectivement été lu par le public philosophique." (Jean-Luc Marion, Ouverture, dans: Henry Méchoulan (éd.), Problématique et réception du Discours de la méthode et des Essais, Paris: Vrin 1988, pp. 18-20)

    (2) Nous suivons ici les indications fournies par A. J. Guibert, Descartes. Bibliographie des œuvres de Descartes publiées au XVIIème siècle, Paris, C.N.R.S., 1976. Sur ces questions, on tiendra compte des remarques de P. Costabel, ” Propos de bibliographie matérielle. Editions et émissions des œuvres de Descartes de 1657 à 1673 ", in Bulletin Cartésien V, Archives de Philosophie, 1976, p. 445-456.

  8. ———. 1644. Cartesius (Ms. de Leibniz).

    Bibliothèque Royale de Hanovre. MS. de Leibniz. Catalogué par Eduard Bodemann, p. 54 de son ouvrage cité p. 549 ci-avant (*), note a avec l'indication : « Bl. 19-22, ohne Uebersch., fehlerhafte, z. Th. von L. corrig. Abschr. ».

    (*) [Die Leibniz-Handschriften der Kôniglichen ôffentlichen Bibliothek zu Hannover, von Dr. Eduard Bodemann (Hannover und Leipzig, 1895)]

    AT XI, 647-653; B Op. II, 1394-1405.

    Édition critique par Vincent Carraud: "Cartesius", Bulletin Cartésien XV, Archives de Philosophie, 1985, 3, pp.1-6; "Cartesius, ou les pilleries de Mr. Descartes" présentation, traduction et annotation par Vincent Carraud, Philosophie, mai 1985, pp. 3-19.

    Cette copie MS. remplit deux grandes feuilles, dont chacune est pliée en deux : soit en tout quatre feuillets, ou huit pages d'écriture. Elle comprend deux parties bien distinctes, dont la seconde seule porte un titre : Annotationes quas videtur D. des Cartes in sua Principia Philosophiae scripsisse. Cette seconde partie commence au tiers environ de la 6e page, et continue jusqu'à la fin de la 8e. Tout ce qui précède, pp. 1, 2, 3, 4, 5 et 6 (premier tiers de celle-ci), se compose de pensées ou réflexions détachées, dont chacune est séparée de la suivante par un signe : deux petits traits horizontaux, barrés de deux petits traits verticaux. (Le même signe sépare encore la seconde partie de la première.) Cette première partie porte seulement en tête le nom, écrit après coup et au crayon, de Cartesius. Les huit pages sont de la même écriture, qui n'est plus celle de Leibniz ; mais celui-ci a fait, de sa main, quelques corrections à des endroits fautifs. Le fait qu'il ait corrigé lui-même ce texte, montre qu'il y attachait une certaine importance, et qu'il le croyait sans doute de Descartes.

    Est-ce bien cependant un texte authentique de notre philosophe ? Nous n'oserions l'assurer. Toutefois, dans la première partie, la date d'une observation astronomique, 20 sept. 1642 (p. 65o), serait un argument favorable, et de même quelques renvois aux Principes, dans la seconde partie. (Voir ci-avant, p. 545.)" (AT XI, p. 647).

    "Cette série de notes, découverte tardivement, constitue une énigme pour les chercheurs. Geneviève Rodis-Lewis a plaidé énergiquement en faveur de son authenticité (166), verdict que Pierre Costabel confirme sans hésitation (167), alors que Vincent Carraud y voit un assemblage éclectique et semble incliner à croire à une série de notes de lecture que Descartes aurait prise sur d’autres auteurs (168), plutôt que vers un ensemble de pensées appartenant au corpus philosophique cartésien." (Vlad Alexandrescu, Croisées de la Modernité. Hypostases de l’esprit et de l’individu au XVIIe siècle, Bucarest: Zeta Books 2012, p. 110)

    (166) G. Rodis-Lewis, « Cartesius », Revue philosophique, 2, 1971, p. 211-220.

    (167) P. Costabel, Recension sur l’article de G. Rodis-Lewis cité ci-dessus, 1973, p. 444-446.

    (168) V. Carraud, « Cartesius ou les pilleries de Mr Descartes », Philosophie, 6, mai 1985, p. 3-19.

    "Avant d’aborder les points les plus originaux de ces pages, il convient donc de se demander quelle pourrait être leur provenance.

    Le caractère fragmentaire des pensées, leur insertion parmi certaines observations scientifiques répondent bien au nom de miscellanea qu’emploie Leibniz, pour évoquer les registres que Clerselier lui a communiqués, ainsi qu’à « Mons. de Tschirnaus » (5). Or Tschirnhaus est l’auteur de cette copie Cartesius, revue et corrigée de la main de Leibniz (6). Leibniz parle de « deux volumes de miscellanea, reliés l’un en in-4°, l’autre en in-8°, où il y a beaucoup de choses physiques, des expériences et observations anatomiques de Mons. des Cartes, quelques expériences sur les métaux, et en fait de médecine (... lacune ). Je m’étonne pourtant, ajoutait-il, qu’il n’y a rien davantage de cette nature » (7). Les indications de Leibniz correspondent parfaitement à la description du « registre en petit

    quarto », coté E dans l’ « Inventaire succinct des Ecrits qui se sont trouvés dans les coffres de Monsr. Descartes après son décès à Stockholm en feb. 1650 » (8) : tableau des angles de réfraction selon Vitellio, poids des métaux, remarques sur l’aimant, et plusieurs séries de feuillets sur la génération des animaux, les « remèdes et vertus des médicaments », et « prenant ledit registre de l 'autre côté, il y a seize pages d observations sur la nature des plantes et des animaux »." pp. 213-214 (Geneviève Rodis-Lewis, "Cartesius", Revue philosophique de la France et de l'Étranger, 2, 1971, pp. 211-220)

    (5) AT X, 208-209, écrit de la main de Leibniz, Bibliothèque de Hanovre, Tschirnhaus, n° 159.

    (6) Bibliothèque de Hanovre, manuscrit IV, vol. I, 4 k Bl. 19-22 : « Ce manuscrit est sans doute de la main de Tschirnhaus » (P. Costabel, Appendice à la réédition du t. XI d'Adam-Tannery, p. 730 ; le P. Costabel nous a communiqué la photocopie de ce manuscrit, et nous a confirmé l'intérêt scientifique de plusieurs de ces notes).

    (7) AT X, 208-209.

    (8) AT X, 5-12, et 8-9 pour le registre E.

    "Une note du registre Cartesius (AT XI 650/BC XIV, Liminaire 1) relate une expérience d’observation d’étoile fixe en date de septembre 1642." Sur cette note voir: Édouard Mehl, "Note complémentaire sur une observation astronomique et la recherche d'une parallaxe stellaire (septembre 1642)", dans Bulletin cartésien XLV (2014), Archives de philosophie, 2016/1 (Tome 79), pp. 189-193.

  9. ———. 1644. Principia philosophiae.

    AT VIII-1, 1-329; la première édition est précédée d'une lettre-dédicace à la princesse Élisabeth de Bohême (1618-1680); B Op. 1706-2211.

    Traduction : Principes de la philosophie, Première partie, sélections d'articles des parties 2, 3, et 4 et Lettre-Préface, Texte latin de Descartes. Texte français de l'abbé Picot. Traduction nouvelle par Denis Moreau. Introduction et notes par Xavier Kieft, Paris: Vrin 2009.

    Descartes utilise pour la première fois l'expression "principes de ma philosophie" dans la lettre du février 1634 à Mersenne : "Pour la cause qui fait cesser le mouvement d’une pierre qu’on a jetée, elle est manifeste ; car c’est la résistance du corps de l’air, laquelle est fort sensible. Mais la raison de ce qu’un arc retourne étant courbé est plus difficile, et je ne la puis expliquer sans les principes de ma Philosophie, desquels je pense être obligé dorénavant de me taire." (AT I, 287; O VIII 1, 112; B 65).

    "Que signifie « philosophie » ? Qu’est-ce qu’un cours de philosophie ? Comme l’indique la ratio studiorum des collèges jésuites, et plus généralement la très grande majorité des cours de philosophie, la philosophie comprend quatre parties distinctes : la logique, la physique, la métaphysique et la morale (2). Témoignent de la quadripartition de la philosophie le cours que Descartes a choisi de lire en 1640, celui d’Eustache de Saint-Paul, Summa Philosophiae quadripartita de rebus Dialecticis, Moralibus, Physicis et Metaphysicis (Paris, 1609) (3) ou encore, parmi bien d’autres en latin, le premier cours complet de philosophie en langue française, celui de Scipion Dupleix : Corps de Philosophie contenant la Logique, la Physique, la Métaphysique et l’Ethique (4). La philosophie dont Descartes livre les Principia désigne donc, conformément à son projet initial, le « corps de philosophie tout entier » (AT IX-2, 17 ; Alquié III, 782). C’est pourquoi Descartes peut l’appeler sa Philosophie (5) ou sa Summa philosophiae (6), selon une appellation également scolaire. Une somme ne désigne pas un traité complet et qui descend dans les détails (c’est-à-dire « approfondit ») (7), mais au contraire une présentation d’ensemble, sommaire au sens propre, un abrégé. Au demeurant, le texte de la Lettre-préface aux Principes attribue-t-il à la philosophie la même étendue et une répartition analogue, selon la comparaison célèbre : « Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la Métaphysique, le tronc est la Physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, à savoir la Médecine, la Mécanique et la Morale » (AT IX-2, 14 ; Alquié III, 779-780)." (Fréderic de Buzon, Vincent Carraud, Descartes et les « Principia » II. Corps et mouvement, Paris: Presses universitaires de France 1994, p. 10)

    (2) Voir la présentation donnée par Etienne Gilson dans ses Commentaires au Discours de la méthode, Paris, Vrin, 6e éd., 1987, p. 117-119.

    (3) Plusieurs fois réédité jusqu’en 1626 : voir AT III, 196, et les art. Eustache de Saint-Paul (par R. Ariew et F. Ferrier) du Dictionnaire des philosophes et de l’Encyclopédie philosophique, Paris, PUF, 1993 et 1992. Pour Abra de Raconis, Totius philosophiae, hoc est Logicae, Moralis, Physicae et Metaphysicae... tractatio, voir AT III, 236. Pour les Conimbres, Tolet et Rubius, voir AT III, 194-196, et Etienne Gilson, Index scolastico-cartésien, Paris, Vrin, 1979, p. VIII-IX.

    (4) Titre de 1632, qui reprend les éditions des parties séparées de 1600,1603, 1607 et 1610, souvent rééditées jusqu’en 1645. La collection du « Corpus des œuvres de philosophie en langue française » (Paris, Fayard) a publié ce Corps de philosophie (la logique, la physique, la métaphysique et l’éthique sont parues respectivement en 1984,1990,1992 et 1994, les trois dernières éditées par Roger Ariew). Deux motifs au moins rendent ces cours tout à fait intéressants. D’une part, ils permettent de prendre conscience de la nouveauté de la physique cartésienne et de son intérêt philosophique propre — tout en mesurant le très grand nombre de questions que Descartes ne traite pas. D’autre part, ces manuels imposent pour plusieurs siècles le vocabulaire technique de la philosophie en français. Voir les art. « Scipion Dupleix » [1569 - 1661] (par R. Ariew et J.-R. Armogathe) des dictionnaires cités ci-dessus.

    (5) Par exemple dans les Lettres à Mersenne du 3 décembre 1640, ou du 2 février 1643 (AT III, 252, [O VII, 1, 429; B 289] AT III 615 [O VIII 1, 502; B 385]; Alquié III, 15).

    (6) Lettre à Huygens du 31 janvier 1642 (AT III, 782; [O VIII 2, 99; B 342] Alquié II, 920).

    (7) « Approfondir » ne signifie pas « remonter » aux principes, mais « descendre » dans toutes les conséquences, ou, comme dit Pascal, « pénétrer vivement et profondément les conséquences des principes » (fr. 511 [édition Lafuma des Œuvres complètes, coll. « L’Intégrale », Paris, Seuil, 1963]. Au demeurant Pascal « trouve bon qu’on n’approfondisse pas l’opinion de Copernic » (fr. 164). Les Principia, au moins dans leurs deux premières parties, n’approfondissent pas (fr. 553). Voir Vincent Carraud, Pascal et la philosophie, Paris, PUF, 1992, chap. III.

    Dans une lettre à Mersenne du 30 septembre 1640 (avant même l’envoi du manuscrit des Meditationes) Descartes écrit : "Je ne ferai point encore mon voyage pour cet hiver (11) ; car, puisque je dois recevoir les objections des jésuites dans 4 ou 5 mois, je crois qu'il faut que je me tienne en posture pour les atteindre.

    Et cependant j'ai envie de relire un peu leur philosophie, ce que je n'ai pas fait depuis 20 ans (12), afin de voir si elle me semblera maintenant meilleure qu'elle ne faisait autrefois. Et pour cet effet, je vous prie de me mander les noms des auteurs qui ont écrit des cours de philosophie et qui sont le plus suivis par eux, et s'ils en ont quelques nouveaux depuis 20 ans ; je ne me souviens plus que des Conimbres (13), Toletus (14) et Rubius (15).

    Je voudrais bien aussi savoir s'il y a quelqu'un qui ait fait un abrégé de toute la philosophie de l'École, et qui soit suivi ; car cela m'épargnerait le temps de lire leurs gros livres. Il y avait, me semble, un Chartreux ou Feuillant qui l'avait fait ; mais je ne me souviens plus de son nom (16)." (AT III, 185; O VIII 1, 409; B 272)

    (11) Voir à Mersenne, 30 juillet 1640 (AT III, 127; [O VIII 1, 389; B 262] : Descartes renonçait au voyage envisagé pendant l'été 1640.

    (12) Clerselier-Lettres : « depuis 20 ans », omis.

    (13) Il s'agit des Commentaires sur Aristote, qui constituaient un cours complet de philosophie, établis et publiés à partir de 1592 par des professeurs jésuites du collège de Coimbra, au Portugal (E. Goës, C. de Magellhães et S. Couto) sur la demande du général Claudio Aquaviva et du provincial du Portugal Pedro de Fonseca.

    (14) Francisco Toledo (Toletus, 1532-1596), jésuite espagnol, en 1593, enseigna au Collège romain ; il publia à partir de 1561 de nombreux commentaires d'Aristote.

    (15) Clerselier-Lettres : « Toletus et Rubius », omis. Antonio Rubio (Ruvius, 1548 - 1615), jésuite espagnol, auteur de plusieurs commentaires d'Aristote.

    (16) Eustache de Saint-Paul (Asseline), religieux feuillant, Summa Philosophica quadripartita, Paris, 1609; voir à Mersenne, 11 novembre (AT III, 233 l. 11, [O VIII 1, 421] B 283), 3 décembre 1640 (AT III, 251 l. 15, [O VIII 1, 421] B 289 et 22 décembre 1641 (AT III, 470 l. 7 sq., [O VIII 1, 481] B 334). Voir aussi Benoist Pierre, La Bure et le Sceptre. La congrégation des Feuillants dans l'affirmation des États et des pouvoirs princiers (vers 1560-1660), Paris, 2006 (CD-Rom, annexe III).

    Première annonce du livre dans la lettre du 11 novembre 1640 à Mersenne : "Pour la philosophie de l'École, je ne la tiens nullement difficile à réfuter, à cause des diversités de leurs opinions ; car on peut aisément renverser tous les fondements desquels ils sont d'accord entre eux ; et cela fait, toutes leurs disputes particulières paraissent ineptes. J'ai acheté la Philosophie du Frère Eustache de Saint-Paul, qui me semble le meilleur livre qui ait jamais été fait en cette matière ; je serai bien aise de savoir si l'auteur vit encore (7).

    (...)

    Je répondrais très volontiers à ce que vous demandez touchant la flamme d'une chandelle, et choses semblables ; je vois bien que je ne vous pourrai jamais bien satisfaire touchant cela, jusqu'à ce que vous ayez vu tous les principes de ma philosophie, et je vous dirai que je me suis résolu de les écrire avant que de partir de ce pays, et de les publier peut-être avant un an. Et mon dessein est d'écrire par ordre tout un cours de ma philosophie en forme de thèses, où, sans aucune superfluité de discours, je mettrai seulement toutes mes conclusions, avec les vraies raisons d'où je les tire, ce que je crois pouvoir faire en fort peu de mots ; et au même livre, de faire imprimer un cours de la philosophie ordinaire, tel que peut être celui du Frère Eustache, avec mes notes à la fin de chaque question, où j'ajouterai les diverses opinions des autres, et ce qu'on doit croire de toutes, et peut-être à la fin je ferai une comparaison de ces deux philosophies (9). Mais je vous supplie de ne rien encore dire à personne de ce dessein, surtout avant que ma Métaphysique soit imprimée ; car peut-être que, si les Régents le savaient, ils feraient leur possible pour me donner d'autres occupations, au lieu que, quand la chose sera faite, j'espère qu'ils en seront tous bien aises. Cela pourrait aussi peut-être empêcher l'approbation de la Sorbonne, que je désire, et qui me semble pouvoir extrêmement servir à mes desseins : car je vous dirai que ce peu de métaphysique que je vous envoie contient tous les principes de ma physique.

    (...)

    Je verrai aussi le cours de philosophie de Monsieur de Raconis (12), qui, je crois, se trouvera ici : car s'il était plus court que l'autre (13), et aussi bien reçu, je l'aimerais mieux. Mais je ne veux rien faire en cela sur les écrits d'un homme vivant, si ce n'est avec sa permission, laquelle il me semble que je devrais aisément obtenir, lorsqu'on saura mon intention, qui sera de considérer celui que je choisirai, comme le meilleur de tous ceux qui ont écrit de la philosophie, et de ne le reprendre point plus que tous les autres. Mais il n'est point temps de parler de ceci, que ma Métaphysique n'ait passé." (AT III, 230-234; OT VIII, 1, 421-423; B 283)

    (7) Eustache de Saint-Paul Asseline, religieux feuillant (1573 - 26 décembre 1640), est l'auteur d'une Summa philosophica quadripartita (Paris, 1609) (*). Sur lui, voir l'article de M. Standaert (Dictionnaire de spiritualité, t. 4-2, Paris, 1961, col. 1701-1705).

    (9) On sait que le projet, considérablement modifié, donnera en 1644 les Principia philosophiae.

    (12) Charles-François Abra de Raconis [1580 - 16 juillet 1646], Totius Philosophiae hoc est Logicae, Moralis Physicae et Metaphysicae : brevis & accurata tractatio, Paris, 1637 [première édition 1617].

    (13) La Summa d'Eustache de Saint-Paul.

    (*) [Le premier volume de la Summa philosophica quadripartita, de rebus Dialecticis, Moralibus, Physicis et Metaphysicis, contenait la logique et l'éthique, le second la physique et la métaphysique.]

    "En réalité, les Principia, annoncés dans cette lettre pour la première fois, seront un livre d’une conception totalement différente. Il ne s’agit pas d’une brève série de thèses, mais d’un grand livre de 300 pages (in-4°) (2); il ne contient pas un texte de philosophie scolastique comme point de comparaison; et, par conséquent, sa composition était un travail d’au moins trois années (3). Nous n’avons aucune idée de la raison qui conduisit Descartes à abandonner son premier projet ; sa correspondance reste silencieuse sur ce point (4). Mais sa première déclaration reste très importante, parce qu’elle nous rappelle qu’on doit lire les Principia comme un livre de classe, un manuel. C’était une aide-mémoire d’instruction, qui portait comme un défi à une légion (toujours croissante) de publications scolastiques contemporaines et notamment, en France, aux deux manuels dont la correspondance de Descartes signale la lecture à l’automne de 1640, avant de se mettre à écrire les Principia: celui du feuillant Eustache de Saint-Paul (1573-1640), et celui d’un client de Richelieu, évêque de Lavaur, François d’Abra de Raconis (mort en 1646) (5)." (Lawrence W.B. Brockliss, "Rapports de structure et de contenu entre ls Principia et les cours de philosophie des collèges", dans : Jean-Robert Armogathe, Giulia Belgioioso (éds.), Descartes: Principia philosophiae (1644-1994), Napoli, Vivarium 1996, pp. 491-492)

    (2) Dans l’édition latine de 1644 in-4°.

    (3) Les Principia ont été écrits au château d’Endegeest près de Leyde.

    (4) Selon sa correspondance, il avait abandonné ce projet en décembre 1641, mais il est possible qu’il ait pris la décision beaucoup plus tôt : voyez A.T., n, p. 470: à Mersenne 22 décembre 1641.

    (5) Eustache Asseline dit Eustachius de Sancto Paulo, Summa philosophiae quadrapartita, Paris, C. Chastellain, 1609; De Raconis, Totius philosophiae brevis tractatio, 4 parties en deux volumes, Paris, De la Noue, 1622. Il y avait des éditions de tous les deux à Paris jusqu’en 1640. Ils furent lus par Descartes en novembre 1640 : voyez AT III, pp. 233, 251: correspondance avec Mersenne, 11 novembre et 3 décembre [O VIII 1, 424-425; B 283; O VIII 1, 427-429; B 289].

    "En résumé : les Principia appartiennent à une tradition bourgeonnante, une tradition toujours relativement neuve, celle du manuel de philosophie. Cependant aux mains de Descartes, cette tradition fut développée dans une direction nouvelle. Les sciences de la philosophie étant réduites à deux, la physique devenait une science inorganique, et la méthode syllogistique, scolastique et historique était remplacée par une méthode quasi-euclidienne. Donc, les Principia n’étaient pas un manuel de type traditionnel. Mais, en revanche, il s’agissait certainement d’un manuel dont la structure, le contenu et la méthode d’argumentation étaient déterminés par le besoin de produire un ouvrage manifestement nouveau, mais suffisamment traditionnel pour retenir l’intérêt des lecteurs aristotéliciens et susceptible de gagner leurs esprits comme un travail plus solide et plus moderne que ses concurrents. C’est-à-dire, pour comprendre les Principia comme texte, on doit réaliser qu’il s’agit d’un livre étroitement associé avec la philosophie des écoles, et pas simplement parce que Descartes restait dans une certaine mesure sous l’influence d’Aristote.

    Il est en effet possible qu’un événement dans l’enseignement de la philosophie puisse expliquer pourquoi Descartes a composé les Principia au début des années quarante. Il semble qu’il prit la décision d’écrire un manuel pendant le mois d’octobre 1640, à la suite d’une première décision de lire des livres de philosophie scolastique, annoncée à Mersenne le 30 septembre. Cependant la décision de composer un manuel n’était pas une conséquence inévitable de sa lecture d’Eustache, parce que son dessein original était seulement de se préparer mieux pour répondre à une attaque lancée par les jésuites de Paris contre sa Dioptrique et ses Météores de 1637, attaque que Descartes avait du reste provoquée (52). Il est probable que cette seconde décision peut être attribuée aux activités du médecin mécaniste à l’université d’Utrecht, Henri Regius (1598-1679). Regius se disait disciple de Descartes : il avait été autorisé à expliquer les problèmes de physique à Utrecht en mai de 1640 et le 10 juin il organisa une soutenance publique où on discuta des mérites d’une physiologie mécaniste. Son enthousiasme lui gagna l’hostilité des autres professeurs, surtout du théologien Voetius, qui croyait que la philosophie mécaniste menaçait la foi : Descartes, pendant l'été, fut obligé de défendre son acolyte devant les autorités universitaires (53). On ne peut pas douter que Regius fût un esprit fort, qui développait le mécanisme dans une direction matérialiste et anti-cartésienne (54). En conséquence, on peut suggérer que Descartes se trouva forcé de préparer son manuel pour révéler au monde (hollandais d’abord) quelle était en réalité sa physique et pour démontrer sa compatibilité avec la foi chrétienne (calviniste ou catholique). On doit rappeler que les Principia furent publiés d’abord à Amsterdam en latin et que dans le paragraphe final Descartes soumettait son livre au jugement de l’Eglise, pas spécifiquement l’Eglise catholique (55)." (Lawrence W.B. Brockliss, op. cit., pp. 508-510)

    (52) Un jésuite parisien, Bourdin, avait organisé une soutenance au collège de Clermont à Paris où les idées de Descartes étaient critiquées, et Descartes, par Mersenne, avait demandé que la Société lui communiquât ses objections directement : voyez AT III, pp. 160-85: lettres à Mersenne, 30 août, 15 et 30 septembre [1640; O VIII 1, 401-405; B 269; O VIII 1, 405-408; B 271; O VIII 1, 408-414; B 272].

    (53) AT II pp. 568-9 [lettre de Regius à Descartes du 14 juillet 1639; B 217], 616-7 [lettre de Regius à Descartes, octobre-novembre 1639; B 223] , 624-5 [lettre de Regius à Descartes du 3 décembre 1639 B 229]; III, pp. 1 [lettre de Regius et Emilius à Descartes, janvier 1640; B 238], 60-1 [lettre de Regius à Descartes du 5 mai 1640; B 251], 63-72 [lettre de Regius à Descartes du 5 mai 1640; B 251], 202-3 [lettre de Regius à Descartes du 7 octobre 1640; B 276]: correspondance entre Descartes et Regius, 1639-40.

    (54) Regius continuait à soutenir une physique mécaniste à l’Université d’Utrecht en 1641 et Descartes commençait à critiquer plus fortement les idées de son admirateur : voyez AT III, pp. 365-75, 443 , 462-4. Aujourd’hui on considère Regius comme un mécaniste dont les idées se développaient indépendamment de Descartes : voyez P. Dibon, Der Cartesianismus in den Niederlanden, in Der Philosophie des 17. Jahrhunderts, hrsg. von J.-P. Schobinger, Basel, Schwabe, 1992, vol. II, pp. 357-358.

    (55) AT IX-2, p. 325. Il est intéressant de constater que dans la lettre à Mersenne où Descartes annonçait son intention d’écrire un manuel (11 novembre), il passa sa colère sur Voetius et informa Mersenne de la tentative du théologien hollandais pour réduire Regius au silence : AT IX-2, p. 231.

    Descartes apprend que le Père Eustache est mort : "Je suis désolé de la mort du Père Eustache ; car encore que cela me donne plus de liberté pour faire mes notes sur sa philosophie, j'eusse toutefois mieux aimé le faire avec sa permission, et de son vivant. (22)" (AT III, 286; O VIII 1, 445; B 299)

    (22) Voir à Mersenne, décembre 1640 (AT III, 259, [O VIII 1, 433-434] B 291). Eustache de Saint-Paul est mort le 26 décembre 1640.

    Le projet originel est abandonné dans la lettre à Mersenne du 22 décembre 1641 : "Je vous renvoie la lettre du Père Bourdin, que j'ai trouvée peu judicieuse ; mais je n'en ai pas voulu toucher un seul mot, à cause que vous me l'aviez défendu (5). Je crois bien que son Provincial l'a envoyé, pour vous demander s'il était vrai que j'écrivisse contre eux, mais non pas pour me menacer de choses qu'ils savent bien que je ne crains pas, et qui peuvent bien plus m'obliger à écrire que m'en empêcher. Il est certain que j'aurais choisi le Compendium du Père Eustache, comme le meilleur, si j'en avais voulu réfuter quelqu'un; mais aussi est-il vrai que j'ai entièrement perdu le dessein de réfuter cette philosophie; car je vois qu'elle est si absolument et si clairement détruite, par le seul établissement de la mienne, qu'il n'est s besoin d'autre réfutation; mais je n'ai pas voulu leur en rien écrire, ni leur rien promettre, à cause que je pourrai peut-être changer de dessein, s'ils m'en donnent occasion. Et pendant je vous prie de ne craindre pour moi aucune chose ; car je vous assure que, si j'ai quelque intérêt d'être bien avec eux, ils n'en ont peut-être pas moins d'être bien avec moi, et de ne se point opposer à mes desseins : car, s'ils le faisaient, ils m'obligeraient d'examiner quelqu'un de leur cours, et de l'examiner de telle sorte, que ce leur serait une onte à jamais." (AT III, 470; O VIII 1, 481; B 334)

    (5) Le P. Bourdin avait donc remis à Mersenne un écrit confidentiel, pensant bien que Descartes en aurait connaissance ; et celui-ci envoie à Mersenne une lettre destinée à être lue par le P. Dinet (voir dossier Jésuites).

    Lettre à Constantin Huygens du 29 juillet 1641 : "Pour la Physique, ou plutôt le Sommaire de toute la philosophie, dont il vous plaît me demander des nouvelles, |e ne saurais le faire si tôt imprimer à cause qu’il n’est que peu commencé (6) mais je suis résolu de n’entreprendre aucune autre chose jusqu’à ce qu’il soit achevé. L’épreuve que j’ai faite jusqu'ici des jugements et des objections qu’on me peut faire me donne espoir que je n’aurai pas beaucoup de peine à maintenir mes opinions lorsque je les aurai publiées, et que cela ne me détournera point du dessein que j’ai de continuer à chercher ce que j’ignore." (AT III, 773; O VIII 2, 95; B 323)

    (6) Descartes écrivait déjà à Mersenne le 11 novembre 1640 (AT III 233, [O VIII 1, ] B 283) : « Mon dessein est d’écrire par ordre tout un Cours de ma philosophie en forme de Thèses, où, sans aucune superfluité de discours, je mettrai seulement toutes mes conclusions, avec les vraies raisons d'où je les tire, ce que je crois pouvoir faire en fort peu de mots », et encore : 31 décembre 1640 (AT III 276, [O VIII 1, 441] B 293) : « J’ai résolu d’employer à écrire ma Philosophie en tel ordre quelle puisse aisément être enseignée. »".

    Lettre à Constantin Huygens du 31 janvier 1642 : "Peut-être que ces guerres scolastiques seront cause que mon Monde se fera bientôt voir au monde (24), et je crois que ce serait dès à présent, sinon que je veux auparavant lui faire apprendre à parler latin; et je le ferai nommer Summa Philosophiæ (25), afin qu'il s'introduise plus aisément en la conversation des gens de l'École, qui maintenant le persécutent et tâchent à l'étouffer avant sa naissance, aussi bien les Ministres (26) que les jésuites". (AT III, 782; O VIII 2, 99-100; B 342)

    (24) Le jeu de mots est de Huygens : voir à Descartes, 15 (AT II, 679, B 212) et 28 mai 1639 (AT II, 680, B 214).

    (25) Voir à Mersenne, 22 décembre 1641 (AT III 465, [O VIII 1, 480-481] B 333).

    (26) Les pasteurs calvinistes.

  10. ———. 1645? Annotationes quas videtur D. Des Cartes in sua Principia philosophiae scripsisse.

    Première édition dans Foucher de Careil, vol. I, 59-71.

    AT XI, 654-657; B Op. II, 1096-1103.

    Traduction française de P. et M. Testard, Remarques que Descartes semble avoir écrites sur ses Principes de la Philosophie (titre de Leibniz), AT IX-2, pp. 361-362 : "Dans ce tome IX-2 de la réédition de la publication Adam-Tannery, consacré à la version française des Principes, nous pensons être utile au lecteur en lui donnant une traduction du texte latin dont Leibniz avait conservé la copie par Tschirnhaus et qui se trouve au tome XI p. 654-657."

    "Leibniz n’a pas douté que ce texte émanait de Descartes lui-même. Il a seulement hésité sur l’affirmation de la relation de ce texte avec une volonté de l’auteur de commenter la version latine imprimée de la première partie des Principia.

    Les remarques de Descartes sur les Principes de philosophie sont de simples notes, mais elles forment un appendice précieux à l'ouvrage qu'elles commentent. On n'en discutera pas l’authenticité après le témoignage de Leibniz, qui a de sa main ajouté la mention suivante : Annotationes quas videtur D. Cartesius in sua Principia philosophiæ scripsisse. Mais si ce videtur laissait planer quelque doute (1), il suffirait, pour convaincre les plus incrédules, de l’étude du texte et de la collation avec les Principes. Descartes y parle en son nom : « On peut voir, dit-il, le paragraphe 21 de la première partie de mes Principes de philosophie. » Que veut-on de plus ? Si le témoignage de Leibniz ne suffit pas, nous avons celui de Descartes." (Foucher de Careil, vol. I, p. LXXXI)

    (1) Nous renvoyons du reste, pour les preuves de l'authenticité, à la préface, ou elles sont établies d'une manière spéciale.

  11. ———. 1645. Lettre apologétique aux Magistrats de la ville d'Utrecht Contre Messieurs Voëtius, Père et Fils.

    Première publication : traduction latine Querela apologetica ad amplissimum Magistratum Ultrajectinum, Vristadium: L. Misopodem, 1656; texte français dans: Claude Clerselier (éd.), Lettres de Mr. Descartes ( 3 vols.) Paris : Charles Angot, III : 1667, pp. 1-49.

    AT VIII-2 201-273; B Op. II, 117-193.

    "La Lettre Apologétique, adressée non pas exactement "aux Magistrats" mais à la Municipalité ou Corps de Ville d'Utrecht (1) est le dernier mot de Descartes sur l'affaire et la suite immédiate du procès de Groningue. D'après Baillet, en effet, Descartes "envoya incontinent ces Actes (c'est-à-dire le procès verbal de l'action contre Schoock) aux Magistrats d'Utrecht sans prétendre néanmoins leur reprocher leur mauvaise conduite, ou se constituer parti contre Voetius et Dematius, mais pour voir s'ils feraient quelque chose en réparation du passé." (Baillet, Vie de M. Descartes, vol. II, p. 257) (2). Mais la Municipalité, sans doute lassée de l'affaire et craignant de nouvelles polémiques, se contenta de réitérer son interdiction de publier des écrits pour ou contre Descartes (Kernkamp I [G. W. Kernkamp, éd., Actea et Decreta Senatus ; Vroedschapsresolutiën en andere bescheiden betreffende de Utrechtsche Academie, vol. I, Utrect, 1936], p. 218 ; cf. Baillet II, p. 257-258) et envoya une copie de ce décret à Descartes. Cette nouvelle interdiction était dirigée contre les adversaires de Descartes : Voetius était en train de résumer l'impression de la lettre ouverte de Schoock à Descartes, apparemment afin de discréditer le jugement de Groningue (Baillet II, p. 258). Mais le geste ne fut pas compris. Descartes expédia immédiatement la Lettre Apologétique, prête probablement depuis longtemps. Elle arriva Utrecht le 13 juin 1645, la lettre étant datée d'Egmond le 16 juin selon le nouveau calendrier : on suivait aux Pays-Bas le style "ancien", rejetant par anti-papisme le calendrier grégorien). Dans les Actes, en effet, on fait état d'un "latijnse missiv van Des Cartes aen Burgermeesteren ende Vroetschap deser Stadt, gedateert t'Egmond den XVIen deser, stilo novo" ("une missive latine de Descartes au Bourgmestres et à la municipalité de cette ville, en date d'Egmond, le 11 de ce mois, selon le style nouveau" Kernkamp, I, p. 219). On demanda au Secrétaire de la traduire, non pas parce que sans cela on ne pourrait en prendre connaissance (la plupart doivent avoir bien connu le latin (3) ), mais probablement pour faire traîner les choses en longueur.

    Ce premier texte était en latin, et c'est également en latin que la Lettre fut, pour la première fois publiée, en 1656. Toutefois, en 1648, Descartes avait fait faire deux traductions, l'une en néerlandais l'autre en français, qu'il envoie encore à Utrecht où elles sont reçues le 24 mars. De ces deux textes le premier seul a été conservé. Descartes a noté sur la dernière page :

    "J’ai fait traduire cet écrit en flamand ; mais pour ce que c’est une langue que j’entends fort peu, je prie ceux qui le liront, d’avoir principalement égard au français, duquel seul je puis répondre." (AT ΥΠΙ-2, 275).

    Cette missive aussi est ignorée, et Descartes lui-même part, tout d'abord pour la France et, en 1649, pour la Suède où il mourra en 1650. Excepté le texte néerlandais dont nous avons parlé, les originaux envoyés à Utrecht sont perdus. Cependant Descartes en avait conservé des copies qui, dans l'inventaire dressé après sa mort, figurent ainsi :

    ’’L.- Renati Descartes querela apologetica ad amplissimum Magistratum Ultrajectinum contra Voetium et Dematium.

    O.- Un écrit contenant neuf cahiers en forme de Lettre à Messieurs... contre le Sr Voetius.’’ (voir AT VIII-2, vii.)

    Aussi est-ce sous le titre de Querela Apologetica qu'on publiera en 1656 le texte latin. L'occasion de cette édition est, comme le précise la page de titre, la Theologia Naturalis de Paul Voet, publiée également en 1656, dans laquelle celui-ci est revenu sur des questions vieilles de dix ans. Dans cet ouvrage, en effet, Paul, pour protester une nouvelle fois de l'honneur de son père, avait publié (p. 253-264) les témoignages de l'Académie, et du Consistoire, attestant de sa probité, le décret de la Municipalité qui avait déclaré la Lettre à Voet un "écrit diffamatoire", un jugement des trois professeurs de droit de Leyde sur le procès de Groningue, et le jugement de la Cour d'Utrecht sur le procès de Voetius et de Dematius contre Schoock (4). C'est pour répondre à ces accusations "des Voet et des Voetiens", dont il est dit dans la Préface qu'ils semblent vouloir "surpasser les flammes éternelles de l'Etna et du Vésuve", qu'on publie maintenant ce petit ouvrage inconnu du public. D'après le préfacier, on satisfait ainsi un désir de Descartes qui, en quittant les Pays-Bas pour la Suède, en avait laissé une copie chez des amis avec l'intention de la faire publier, au cas où il serait impossible d'obtenir sans éclat la réparation qu'il cherchait. Cette Préface pose par ailleurs un problème de critique textuelle, en avançant que le texte original avait été écrit en français et que le texte latin était une traduction faite par un ami. Sur ce point, cependant, les Actes de la Municipalité sont formels : la première missive était en latin. Dès lors, ou bien l'éditeur, qui est d'ailleurs inconnu (5), se trompe, ou bien il a travaillé sur la traduction française que Descartes avait fait faire et qui se trouvait également parmi les papiers décrits dans l'inventaire. Ainsi le texte latin pourrait bien ne pas être celui envoyé par Descartes à Utrecht.

    Quant au texte français, il a été publié par Clerselier en 1667, dans le cadre de son édition des Lettres de Descartes, où la Lettre Apologétique aux Magistrats d'Utrecht figure dans le vol. III. C'est ce texte que nous avons retenu." (Theo Verbeek (éd.), René Descartes et Martin Schoock, La Querelle d'Utrecht, Paris: Les impressions nouvelles, 1988, pp. 403-405)

    (1) C'est-à-dire Gysbertus Voetius et son fils Paul.

    (2) Il s'agit du jugement du 16 mars 1642 (voir notre "Introduction" et Narration, p. 121-122).

    (3) C'est effectivement ce qui est suggéré dans la brochure néerlandaise Aengevangen Proceduuren et qui a conduit Descartes à insister auprès des Etats de Groningue en 1644.

    (4) Officiellement l'action contre Descartes n'a jamais été arrêtée ; on l'a étouffée pour complaire aux Etats, au Stathouder et à l'ambassadeur de France.

    (5) Reneri était mort le 16 mars 1639 ; l’oraison funèbre avait été prononcée le 18 mars suivant par le professeur d'histoire Antonius Æmilius. Le texte avait été imprimé par l'imprimeur de l'Académie (des exemplaires se trouvent dans la Bibliothèque Universitaire d'Amsterdam et dans la British Library de Londres) et réimprimé dans le recueil des Orationes d'Æmilius [Antonius Æmilius, Orationes, quarum pleraeque tractant argumentum politicum: Accedunt nonnulla eiusdem in utraque lingua Poemata. Utrecht 1651.]

  12. ———. 1647. Les Méditations métaphysiques de René Des-Cartes touchant la première philosophie dans lesquelles l'existence de Dieu, et la distinction réelle entre l'âme et le corps de l'homme, sont démontrés. Paris: Chez la Veuve Jean Camusat et Pierre Le Petit.

    AT IX, 1 : Le Libraire au Lecteur 1 ; [Épitre] à Messieurs les Doyen et Docteurs de la Sacrée Faculté de Théologie de Paris 4 ; Abrégé des six méditations suivantes 9 ; Méditations touchant la première philosophie 13 ; Premières Objections 73 ; Réponses 81 ; Secondes Objections 96 ; Réponses 102 ; Exposé géométrique 124 ; Troisièmes Objections et Réponses 133 ; Quatrièmes Objections 153 ; Réponses 170 ; Avertissement de l'Auteur touchant les Cinquièmes Objections 198 ; Avertissement du traducteur 200 ; Lettre de Descartes à Clerselier 202 ; Sixièmes Objections 218 ; Réponses 225 ; Privilège 245-246.

    B Op. I: Avertissement de l'Auteur touchant les Cinquièmes Objections, 1396-1397; Lettre de Monsieur Descartes à Monsieur C.L.R., 1398-1411; Avertissement du traducteur, 1412-1413; Le Libraire au Lecteur, 1414-1417.

    "Traduites du Latin de l'Auteur par Mr. le D.D.L.N.S. [Charles d'Albert, Duc de Luynes] Et les Objections faites contre ces Méditations par divers personnes très-doctes, avec les réponses de l'Auteur. Traduites par Mr. C.L.R. [Claude Clerselier]."

    "Malgré le désir de Descartes, Clerselier avait publié les cinquièmes objections et réponses, en les rejetant à la fin du volume, après les sixièmes. Elles étaient suivies d’une lettre de Descartes répondant au recueil d’instances de Gassendi. Mais les septièmes objections et réponses et la lettre au P. Dinet ne figurèrent que dans la seconde édition française que Clerselier fit paraître en 1661. Plus exigeant que l’auteur lui-même, Clerselier avait revu et corrigé non seulement sa traduction des objections et réponses, mais aussi et surtout celle du duc de Luynes agréée pat Descartes." (Geneviève Rodis-Lewis, Introduction à R. Descartes, Meditationes De Prima Philosophia - Méditations Métaphysiques, Texte latin et traduction du Duc de Luynes, Paris: Vrin 1978, p. XII).

    "Il [Descartes] écrivit à Chavagnes le 11 de Septembre [1644] à l’abbé Picot qui lui avait mandé dans sa dernière qu’il avait déjà traduit les deux premières parties de ses Principes, et il lui marqua que pour lui il n’avait pas encore trouvé depuis son départ de Paris le temps de lire la traduction française de ses Méditations faite par M. le duc de Luynes (5), qu'il avait apportée dans la pensée de s’en faire une occupation agréable dans le cours de son voyage." (Lettre à Picot, 11 septembre 1644; Baillet II, 220; AT IV 138; O VIII 2, 507; B464)

    (5) Voir à Clerselier, 10 avril 1645 (AT IV 193, [O VIII 2, 714-715] B490)

    "M. Descartes recevait de fréquentes nouvelles des grands fruits que faisait lecture de son dernier livre à Paris, où on l'assurait que personne ne s’était encore élevé contre sa doctrine (11). Ses progrès n’étaient pas moindres en Hollande : et dès le mois de Février M. de Hoogheland lui avait envoyé trois thèses différentes soutenues depuis peu à Leyde (12), et ne contenant que ses opinions. Ces succès le firent songer à faire imprimer les traductions Françaises de ses Méditations et de ses Principes. N’ayant pas remarqué tout l’empressement possible dans Elzevier pour ces éditions en notre langue (13), il prit des mesures avec Monsieur Clerselier et Monsieur Picot, pour les faire faire à Paris. Mais la version des Principes n’était pas encore achevée." (Lettre à Picot, 9 février 1645; Baillet II 265; AT IV 176; O VIII 2, 509; B484)

    (11) Note en marge dans Baillet : « lettre MS à Picot du 9 février 1645. Lettre MS à Clerselier du même jour ».

    (12) Voir à Pollot, 8 janvier 1644 (AT IV 77, [O VIII 2, 564-565] B441).

    (13) Note en marge dans Baillet : « Elzevier se plaignait du peu de débit des Principes, comme Maire [de Leyde] s'était plaint au sujet des Essais. »

    "Monsieur de Sorbière s'était habitué à Leyde (4) pour étudier plus particulièrement les défauts de Monsieur de Saumaise. Mais il ne s'occupait pas tellement de la considération de ce grand homme qu'il ne retournât souvent à Eyndegeest par manière de promenade, et qu'il n'en rapportât toujours quelque nouveau prétexte d'animer Monsieur Gassendi à écrire contre Monsieur Descartes. Mais pour donner un contrepoids au tort que la plume de cet excellent homme pourrait faire aux Méditations de Monsieur Descartes, Dieu permit qu'un Seigneur de la Cour de France entreprît de faire une traduction Française des mêmes Méditations, pour en faire connaître plus particulièrement le mérite dans le Royaume, et en procurer la lecture à tous ceux qui n'ayant pas l'usage de la langue des savants, ne laisseraient pas d'avoir de l'amour et de la disposition pour la Philosophie. Il faut avouer que la fin de l'auteur de la traduction n'avait été que la satisfaction particulière qu'il trouvait à exercer son style sur de grands sujets, sans songer à rendre service au Public. Mais sa traduction ayant été recueillie et envoyée à Monsieur Descartes par sa permission, elle fut jugée propre à faire beaucoup honneur à notre Philosophe et à donner un grand relief à sa Philosophie, et Monsieur le Duc de Luynes son auteur fut prié d'en souffrir la publication (5).

    Peu de jours après Monsieur Clerselier, l'un des plus zélés et des plus vertueux amis de Monsieur Descartes entreprit de traduire aussi en notre langue les objections faites à ces Méditations avec les réponses de Monsieur Descartes. Cette traduction était excellente aussi bien que celle de Monsieur le Duc de Luynes. Mais l'un et l'autre jugèrent que si elles devaient voir le jour, il fallait qu'elles fussent revues auparavant par l'auteur même des Méditations, afin qu'en les confrontant avec ses pensées il pût les mettre le plus près de leur original qu'il serait possible et leur en imprimer le caractère. Monsieur Descartes fut obligé de se rendre à un avis si important. Mais, sous prétexte de revoir ces versions, il se donna la liberté de se corriger lui-même, et d'éclaircir ses propres pensées. De sorte qu'ayant trouvé quelques endroits (6) où il croyait n’avoir pas rendu son sens assez clair dans le Latin pour toutes sortes de personnes, il entreprit de les éclaircir dans la traduction par quelques petits changements, qu'il est aisé de reconnaître à ceux qui confèrent le Français avec le Latin. Une chose qui semblait avoir donné de la peine aux traducteurs dans tout cet ouvrage, avait été la rencontre de plusieurs mots de l'art, qui paraissant rudes et barbares dans le Latin même, ne pouvaient manquer de l'être beaucoup plus dans le Français, qui est moins libre, moins hardi, et moins accoutumé à ces termes de l'École (7). Ils n'osèrent pourtant les ôter partout, parce qu'ils n'auraient pu le faire sans changer le sens dont la qualité d'interprètes devait les rendre religieux observateurs. D'un autre côté Monsieur Descartes témoigna être si satisfait de l'une et de l'autre version, qu'il ne voulut point user de la liberté qu'il avait pour changer le style, que sa modestie et l'estime qu'il avait pour ses traducteurs lui faisait trouver meilleur que n’aurait été le sien. De sorte que par une déférence réciproque qui a retenu les traducteurs et l'auteur, il est resté dans l'ouvrage quelques-uns de ces termes scolastiques, malgré le dessein qu'on avait eu de lui ôter le goût de l'école en le faisant changer de langue. Cet éclaircissement touchant la traduction des Méditations et des Objections est nécessaire, non seulement pour justifier les traducteurs sur les changements dont l’auteur est le seul responsable, mais pour faire voir aussi que la traduction Française vaut mieux que l’original Latin, parce que Monsieur Descartes s'est servi de l'occasion de la revoir pour retoucher son original en notre langue. C'est un avantage qu'a eu aussi dans la suite la version française des Principes de Monsieur Descartes faite par l’Abbé Picot (8). De sorte que tous ses ouvrages Français tant originaux que traduits sont préférables à ceux qui sont Latins. C'est-à-dire que toutes les traductions qu'il a revues valent mieux que ses originaux mêmes.

    Pour ne rien omettre de ce qui peut regarder la traduction des Méditations, il suffit de remarquer qu'encore qu'elle ait été faite en 1642, néanmoins la révision ou la correction par Monsieur Descartes ne s’en fit qu'en 1645, et que la première impression qui en fut faite à Paris ne fut en état de paraître que pour les étrennes de l'an 1647." (Baillet II 171-173; AT IV 193-195; O VIII 2, 715-716; B 490)

    (4) Note en marge dans Baillet : « Lettr(es) et Disc(ours) de Sorb(ière) ».

    (5) Il est souvent question de cette traduction des Meditationes dans la correspondance : voir à Picot, 11 septembre 1644 (AT IV 138, [O VIII 2, 507] B464) et 9 février 1645 (AT IV 177, [O VIII 2, 508-509] B484); à Clerselier, 10 avril 1645 (AT IV 192-195, [O VIII 2, 714-716] B490), 20 décembre 1645 (AT IV 338-339, [O VIII 2, 716-717] B531), 12 janvier 1646 (AT IV 357-358, [O VIII 2, 717] B539), 23 février 1646 (AT IV 362, [O VIII 2, 718] B542) et 9 novembre 1646 (AT IV 563-564, [O VIII 2, 725] B585); et enfin à Picot encore, 8 juin 1647 (AT V 63-64, [O VIII 2, 515-516] B626).

    (6) Note en marge dans Baillet : « Lettr(e) MS de Desc(artes) à Clersel(ier) du 10 d'Avril 1645. »

    (7) Note en marge dans Baillet : « Ibid. lettr(e) à Clerselier MS ».

    (8) Voir à Picot, 17 février 1645 (AT IV 180-181, [O VIII 2, 509-510] B 486).

    Michelle Beyssade et Jean-Marie Beyssade ont publié une nouvelle édition des Méditations métaphysiques. Objection et Réponses, Paris: Garnier-Flammarion 1979 (édition revue et corrigée 2011) :

    "Les textes retenus ont été établis à partir des deux éditions Adam et Tannery (AT) et F. Alquié, mentionnées dans la bibliographie. Nous les avons vérifiés sur les éditions originales, latines (1641 et 1642) et française (1647). Pour la commodité des lecteurs, nous indiquons toujours la pagination correspondante dans l’édition AT à laquelle les commentateurs modernes font tous référence : soit que notre texte reproduise le texte d’AT, soit qu‘il en donne une traduction (quand l’original latin n’a pas été traduit du vivant de Descartes, ou que la traduction n’a pas été revue et autorisée par lui, auquel cas elle ne figure pas dans l’édition AT).

    Même revues et autorisées par Descartes, les traductions de Luynes et de Clerselier s’écartent souvent de l‘original latin. Nous n’indiquons ni les dédoublements (deux mots français rendant un mot latin) ni les additions qui visent à expliciter une expression : nous ne signalons que les différences qui modifient le sens. Pour les Méditations, nos notes reprennent en caractères droits le dernier mot français qu’une traduction exacte garderait et ajoutent la suite en italiques.

    Quand elles n’ont pas été revues et autorisées par Descartes, nous avons pourtant retenu de préférence les traductions de l’époque, en particulier celle de Clerselier, et nous en avons corrigé les inexactitudes les plus manifestes.

    Nous avons modernisé l’orthographe, et modifié la ponctuation. Nous avons également retouché, pour le texte latin des Méditations, la répartition en alinéas, incertaine dans les éditions originales (dont Descartes a lui-même dénoncé de ce point de vue les insuffisances) et refaite arbitrairement dans l’édition AT. Nous avons respecté les alinéas du texte français, sauf en de rares endroits où nous avons retenu les améliorations apportées par Clerselier dans l’édition de 1661.

    Aux Méditations, et aux Objections et Réponses qui les suivent, nous joignons quatre lettres, écrites par Descartes entre la rédaction des Méditations et l’édition latine de 1642 : elles constituent autant de réponses à des objections, qui n’ont pas trouvé place dans l’œuvre publiée." (Note sur le texte de cette édition, pp. 31-32)

    Michelle Beyssade a donné une nouvelle traduction du texte latin : Descartes Méditations métaphysiques. Meditationes de prima philosophia. Texte latin accompagné de la traduction du Duc de Luynes. Méditations de philosophie première. Présentation et traduction de Michelle Beyssade, Paris : Le Livre de Poche, 1990.

  13. ———. 1647. Les Principes de la philosophie écrits en latin par René Descartes et traduit en François par un de ses Amis. Paris: Henry Le Gras.

    AT IX-2, 1-325; traduction de Paul Picot (1614 - 1668).

    Lettre à Picot du 11 septembre 1644 : "Ce fut au Crévis qu'il [Descartes] apprit que les exemplaires imprimés de ses Principes étaient enfin arrivés de Hollande à Paris ; Monsieur Picot lui manda qu'il n'avait point trouvé d'expédient plus propre à se consoler de son absence, que la traduction française de cet ouvrage, qu'il avait commencée dès son départ de Paris sur l'exemplaire imparfait (2) qu'il avait apporté par avance de Hollande dans sa valise.

    (...)

    Il écrivit à Chavagnes le 11 de Septembre [1644] à l’abbé Picot qui lui avait mandé dans sa dernière qu'il avait déjà traduit les deux premières parties de ses Principes, et il lui marqua que pour lui il n'avait pas encore su trouver depuis son départ de Paris le temps de lire la traduction française de ses Méditations faite par Monsieur le duc de Luynes (5), qu'il avait apportée dans la pensée de s'en faire une occupation agréable dans le cours de son voyage." (Baillet II, 219-220; AT IV, 138; O VIII 2, 507; B 464)

    (2) Note en marge de Baillet : « sans figures ».

    (5) Voir à Clerselier, 10 avril 1645 (AT IV, 193; [O VIII 2, 714-716] B 490).

    Lettre à Picot du 8 novembre 1644 : "Après la fête de saint Simon (2), le P. Mersenne délivré de l'impression du gros recueil de pièces physiques et mathématiques qu'il intitula Cogitata Physico-Mathematica, et n'ayant plus rien au départ de Monsieur Descartes qui pût le retenir à la Ville, partit pour un voyage de huit ou neuf mois en Italie (3) ; et Monsieur Descartes, ayant le reste des exemplaires de ses Principes, sous la disposition de Picot, chez la veuve Pelé, libraire de la rue Saint-Jacques (4), prit la route de Calais pour retourner en Hollande (5). Il fut arrêté par les vents dans cette ville pendant près de quinze jours, où il ne put s'occuper d'autre chose que de la lecture de la version français que l'abbé Picot son hôte avait faite de son livre des Principes et dont il avait apporté les deux premières parties avec lui. Il en écrivit au traducteur le 8 de novembre pour lui marquer qu'il la trouvait excellente, et qu'il ne pouvait la souhaiter meilleure." (Baillet II, 246-247; AT IV 147; O VIII 2, 508; B 468)

    (2) Le 28 octobre.

    (3) Constantin Huygens recommande Mersenne à Jean-Louis Calandrini à Genève, le 30 août 1644 (Brwg [De Briefwisselìng van Constantjin Huygens, (1608-1687), 6 voll., ‘s-Gravenhage, Martinus Nijhoff, 1911-1917] 55, vol. 4, n. 3723) et le même jour (n. 3724) à J. Van Santen, lieutenant du prince d'Orange, pour lui laisser visiter le château d'Orange.

    (4) Sur la veuve Pelé et ses relations avec les Elzevier, voir H.-J. Martin, Livre, pouvoir et société à Paris au XVII siècle, 3e éd., Genève, éd. 1999, t. I, p. 315.

    (5) Note en marge dans Baillet : « lettre à Picot du 8 novembre 1644 ».

    Lettre à Picot du 9 février 1645 : "L'abbé Picot ne lui [à Descartes] envoya la troisième partie (2) que le mois de Février de l'année suivante, et il n'en parut pas moins satisfait (3). L'abbé l'ayant accompagnée de quelques difficultés dont il de demandait l’explication, Monsieur Descartes en lui envoyant cette explication lui manda que ces difficultés mêmes, de la manière dont il les lui a proposées, faisaient honneur à sa traduction et montraient que le traducteur entendait parfaitement la matière ; parce qu'elles n'auraient pu tomber dans l'esprit d'une personne ne l'aurait entendue que superficiellement (4)." (Baillet II, 246-247; AT IV 147; O VIII 2, 508; B 468)

    (2) De la traduction française des Prìncipia.

    (3) Note en marge dans Baillet : « t. 3 des Lettres p. 612 du 17 février [c’est la lettre suivante]; item lettre MS de Descartes à Picot du 9 février 1645 ».

    (4) Note en marge dans Baillet : « lettre MS à Picot du 1er juin 1645 ».

    Changements dans la traduction française :

    "L'historique de cette traduction se trouve a sa place dans la Vie de Descartes, [de Paul Adam] au dernier volume de l'ancienne édition. (*) On ne donnera donc ici que les renseignements relatifs au texte même.

    L'édition française de 1647, comparée a l'édition latine de 1644, offre d'abord une particularité importante. Entre l'Épitre ou la Dédicace a la princesse Elisabeth, placée en tête dans l'une comme dans l'autre, et les Principes proprement dits, Descartes a inséré, dans la traduction, une Lettre de l'Auteur à celui qui a traduit le Livre, laquelle, ajoute-t-il, peut ici servir de Préface." (p. III)

    (...)

    "De qui ce texte est-il exactement ? De l'abbé Picot seul, qui est, comme on sait, « l'ami de Descartes », qui a traduit le livre des Principes ? Ou bien, en certains endroits, de Descartes lui-même, qui a revu la traduction ? Ou même peut-être, car on serait tenté ' aller jusque-là, de Descartes seul, qui aurait alors récrit en français, pour une partie, sinon en entier, ses Principia Philosophiæ ?

    Pour la traduction des Principes, nous n'avons guère qu'une phrase, la première de la Lettre-préface à l'abbé Picot : « La version que vous avez pris la peine de faire de mes Principes est si nette et si accomplie, quelle me fait espérer qu'ils seront lus par plus de personnes en Français qu'en Latin, et qu'ils seront mieux entendus.» (Ci-après, p. 1, l. 5-9.)" (p. VII)

    (...)

    "Deux témoignages, l'un et l'autre du XVIIe siècle, semblent d'abord trancher définitivement la question. Le premier se trouve dans un vieil exemplaire de la première édition des Principes en français, celle de 1647 : les marges des pages donnent un assez bon nombre de notes manuscrites, de trois ou quatre écritures différentes; l'une est certainement de l'abbé Legrand, qui prépara, nous l'avons vu, une édition nouvelle des Œuvres de Descartes, mais mourut en 1704, sans avoir eu le temps de rien publier. Plusieurs de ces notes (non pas celles de Legrand, il est vrai), remontent a l'année 1659 ; c'est la date donnée par l'une d'elles, que nous reproduisons à la page 119 ci-après." (Avertissement aux Principes de la philosophie, AT 9-2, p. X)

    "En regard de cet article, on lit à la marge de l'exemplaire annoté : « La version est ici de Mr D. (Note MS. d'une première main, peut-être celle de Clerselier ? Ce qui suit est d'une autre main, surement celle de Legrand) Ce que nous jugeons ainsi à cause de l'original que nous en avons entre les mains écrit de sa propre main (primitivement de la propre main de Mr Desc., ces derniers mots barrés). Et il n'est pas croyable que si cette version n'était pas de lui, il se fut donné la peine de la transcrire, lui qui d'ailleurs était si accablé d'affaires. » Cette note si importante a été discutée dans notre Avertissement."

    Note de Paul Adam au § 41 de la Troisième partie : Que cette distance des Étoiles fixes est nécessaire pour expliquer les mouvements des Comètes (AT IX-2, p. 121)

    "La première édition Adam-Tannery comportait ici la phrase :

    « au premier volume de la présente édition », ce qui indiquait que l'intention initiale des éditeurs avait été de placer la Vie de Descartes en tête de leur publication et situait le commencement de la réaction du présent Avertissement à une époque antérieure à 1896. En fait, l’intention ne fut pas suivie d’effet, puisque la Vie de Descartes par Ch. Adam (datée de 1910) se trouve dans le dernier tome, numéroté XII, de ce qui est devenu maintenant l'ancienne édition Adam-Tannery.

    D'où la correction introduite par nous dans le texte.

    Voici l’essentiel de ce que l'on trouve au tome XII p. 360-361 concernant l'historique de la traduction évoqué en ce début de l'Avertissement des Principes.

    « Sitôt les Principes publiés en latin, Picot se mit à les traduire.

    Descartes était alors en France ; avant de retourner en Hollande, il avait déjà reçu la première et la seconde partie, mises en français.

    Le reste vint le rejoindre à Egmond. Et à ce propos, une question encore se pose. Il a existé de cette traduction un manuscrit aujourd’hui perdu, manuscrit autographe qui commençait à l'article 41 de la troisième partie : ce manuscrit pouvait faire croire qu’a partir de là jusqu’a la fin, la traduction était de Descartes lui-même, et non de Picot ; bien mieux, ce n’était plus une traduction, mais le propre texte, et un texte français du philosophe (1). De fait, nous savons que quelques parties peut-être, ne fut-ce que celle qui est relative à l'aimant, ont été au moins résumées par lui en français pour son ami Pollot, qui ne savait pas le latin (2). Et nous savons aussi que la traduction française contient de nombreuses additions, lesquelles sans doute Picot n’eût point osé faire de son autorité, et qui, par conséquent, sont de Descartes. C'est même ce qui permet de résoudre le problème. Qui donc, en effet, pouvait insérer, chacune à sa place, toutes ces additions dans le texte déjà traduit, sinon l'auteur, et nul autre que lui ? Et il l'aura fait en recopiant le tout de sa main, travail délicat que lui seul encore pouvait faire, ce qui explique qu'il en ait pris la peine. C'est ainsi que nous avons deux textes pour les Principes de la Philosophie : le texte latin, publié d’abord en 1644, et un texte français, publié en 1647, traduction du premier pour la plus grande part, et pour le reste addition de Descartes lui-même. Il ne sera pas sans intérêt de noter, chemin faisant, en quel sens ont été faites ces additions : quelle préoccupation ou arrière-pensée ne révèlent-elles pas ça et là ? »

    On ne peut qu’être surpris de la différence de ton que cet « historique » (publié en 1910) présente avec les p. X a XVIII du présent Avertissement qui porte la signature de Ch. Adam à une date (décembre 1904) toute proche de la mort de P. Tannery (27 novembre).

    Tandis que ces pages aboutissent à des conclusions très nuancées en raison des constatations concernant la traduction des règles du choc, l' « historique » se fait affirmatif pour l'attribution à Descartes lui-même de toutes les additions par rapport au texte latin. C'est donc un fait qu'entre 1904 et 1910 Ch. Adam n’a pas cru devoir conserver la prudence qui s’exprime si remarquablement à la fin de l'Avertissement p. XX.

    Le lecteur qui suivrait l’invitation de ce premier paragraphe de l'Avertissement et se fierait a la version de l' « historique » telle qu'elle apparait dans le tome XII de la précédente édition Adam-Tannery, risquerait d'être induit en erreur. Les nuances et la prudence que nous soulignons comme les qualités majeures de l'Avertissement sont à observer soigneusement.

    Conformément à la suggestion de la page XVIII et à l’attention portée par Paul Tannery aux règles du choc, la comparaison attentive du texte latin et de la version française pour les articles 43 à 52 de la IIe partie est révélatrice. Mais, tandis que pour les articles 46 à 52 les corrections et additions sont pertinentes, pour les articles 43 à 45 les modifications par rapport au texte latin introduisent des non-sens flagrants que l'on ne saurait en aucune manière attribuer à Descartes. Cf. Pierre Costabel « Essai critique de quelques concepts de la mécanique cartésienne », Archives Internationales d'Histoire des Sciences, t. XX, N° 80, 1967, p. 235-252.

    La critique interne impose au moins pour le passage indiqué la certitude d’une situation étrange : à savoir la juxtaposition, dans l’édition française des Principes, d’éléments corrigés et d’éléments abandonnés par l’auteur au jugement infirme de son traducteur.

    L’histoire de la traduction est donc encore à faire et garde ses secrets.

    Pour Picot, traducteur des Principes, voir la notice biographique au tome IV de la Correspondance de Descartes par Adam et Milhaud p. 402 et pour Pollot la notice au tome I de la même publication p. 459.

    Notons encore que les remarques relatives au style de Picot, que le présent Avertissement contient p. VIII et IX, sont confirmées par la récente découverte d’une lettre de Picot a Carcavi, du 5 août 1649. Cette lettre ou Picot est consulté en tant que commentateur autorisé des Principes est actuellement en cours de publication par les soins de J. Beaude pour le dernier numéro du tome XXIV (1971) de la Revue d'Histoire des Sciences (P.U.F.). [*]" (Appendice de Bernard Rochot à la nouvelle édition de AT 9-2, Paris: Vrin 1989, pp. 354-355)

    (1) cf. infra, p.121, note a.

    Voir pour ce qui suit, l'Avertissement, p. X-XVIII.

    (2) A.T., IV, p. 73, l. 37 ; du 1er janvier 1644. Pollot (Pallotti) était d’origine italienne. cf. AT XII, p. 360, note.

    [*] Joseph Beaude, "Lettre inédite de Picot à Carcavi relative à l'expérience barométrique (5 août 1649)", Revue d'Histoire des Sciences, 24, 1971, pp. 233-246.

  14. ———. 1647. Lettre de l'Auteur à celui qui a traduit le livre laquelle peut ici servir de Préface Paris: Henry Le Gras.

    Première édition : Appendice à la traduction des Principes de la philosophie par Paul Picot.

    AT IX-2, 1-20; B Op. I, 2214-2237.

    Lettre-préface des Principes de la philosophie, présentation et notes par Denis Moreau, Paris: GF-Garnier-Flammarion 1996.

    La préface est annoncée dans la lettre à Étienne Charlet du 4 décembre 1646 : "Les lettres que j'ai eu l'honneur de recevoir de la part de Votre Révérence m'ont extrêmement obligé (2), et j'aurai soin d'empêcher, autant qu'il sera en mon pouvoir, qu'aucun de mes amis ne fasse rien contre les bons conseils que j'y trouve. Ce m'est beaucoup quelles m'apprennent que vous ne trouverez point mauvais, si, sans attaquer personne en particulier, on dit son sentiment, en général, de la philosophie qui s'enseigne communément partout. C'est un sujet auquel il est malaisé de s'abstenir de tomber; mais, parce que avait été commencé par un de mes amis, ne m'a pas satisfait, je l'ai prié de ne point continuer ; et afin de pouvoir mieux user de toute la circonspection et retenue qui sera requise pour faire que cela n'offense personne, je pense que je prendrai moi-même la plume, non point pour en écrire un long discours, mais pour mettre seulement par occasion, dans une préface (3), les choses dont il me semble que ma conscience m'oblige d'avertir le public. Car je puis dire, en vérité, que si je n'avais suivi que mon inclination, je n'aurais jamais rien fait imprimer, et que je n'ai point d'autre soin que de m'acquitter de mon devoir, ni d'autre passion que celle qui est excitée par le souvenir des obligations que je vous ai, et me fait être... " (AT IV, 587-588; O VIII 1, 638; B 594)

    "M. Descartes partit de La Haye le 7 de juin [1647] pour Rotterdam, d’où il écrivit le lendemain à l’abbé Picot sur le point de passer à Middelbourg pour s’embarquer le jour suivant à Flessingues, dans l’espérance d’arriver au bout de quinze jours à Paris, où il fut reçu et logé par cet ami, qui depuis le premier voyage de M. Descartes en France avait quitté la rue des Écouffes pour celle de Geoffroy-l’Ânier, où il avait pris une maison conjointement avec Mme Scarron de Mandine. Son dessein était de passer en Bretagne dès le commencement de juillet, pour régler les affaires qui servaient de prétexte à son voyage. Mais l’édition française de ses Principes qui s’achevait entre les mains de leur traducteur son hôte lui donna occasion de différer de quelques jours, tant pour y faire une préface, que pour voir entièrement débarrassé de cette occupation un homme qui devait être de sa compagnie dans son voyage." (Baillet II, 323)

  15. ———. 1648. Notae in programma quoddam sub finem anni 1647 in Belgio editum, cum hoc titulo: Explicatio mentis humanae, sive animae rationalis, ubi explicatur quid sit, et quid esse possit. Amstelodami: Ex Officina Ludovici Elzevirii.

    Remarques sur une œuvre de Henricus Regius (Hendrik De Roy, 1598-1679).

    AT VIII-2, 341-369; B Op II, 2250-2287.

    Traduction française de Claude Clerselier: Remarques de René Descartes sur un certain placard imprimé aux Pays-Bas vers la fin de l’année 1647, qui portait ce titre : Explication de l’esprit humain, ou de l’âme raisonnable : où il est montré ce qu’elle est, et ce qu’elle peut être, dans Clerselier-Lettres, t. I, p. 434-462, repris Alquié, t. III (1643-1650), pp. 787-820.

    Descartes. Lettres à Regius et Remarques sur l'explication de l'esprit humain, Texte latin, traduction, introduction et notes par Geneviève Rodis-Lewis, Paris: Vrin 1959.

    Table des matières : Introduction 7-19; Lettres de Descartes à Regius (texte latin et traduction) [16 lettres de Descartes à Regius; 2 lettres de Regius à Descartes) 21-141; Notes sur le Placard de Regius : XIX. Lettre d'envoi de Descartes [à Hogelande ?], [décembre 1647] 142; Remarques de R. Descartes sur un certain placard... intitulé : Explication de l'Esprit humain ou de l'Ame raisonnable, où il est montré ce qu'elle Est et ce qu'elle peut être 143; Texte de Regius 146; Examen du placard 154;

    Appendice.

    I. Extraits de l’Epître de Descartes à Voet [mai 1643] (sur quelques objections à sa métaphysique)

    A. 190; B. 192;

    II. Textes choisis de Regius (Philosophia naturalis...)

    A. Critique du privilège du Cogito 196; B. Rapports de la pensée et de l'étendue 196; C. Douter du corps n'implique pas que l'esprit en soit réellement distinct 198; D. L'âme peut aussi bien être mode corporel, attribut ou substance 200; E. L'âme ne pense pas toujours en acte : sa dépendance des conditions organiques 202; F. Certitude et révélation divine 202; G. Critique des idées innées et des preuves cartésiennes de l'existence de Dieu 206-213.

    "Ces divers textes, ainsi rapprochés, sont rendus plus accessibles au grand public par la confrontation avec l'original latin d'une traduction française suffisante pour la compréhension d'ensemble du texte. Des versions anciennes utilisées (5) sont assez lâches et devraient inciter le lecteur à interpréter plus strictement le détail du latin : pour l'y aider nous les avons revues de près, mis entre crochets dans le texte français les additions et paraphrases dont Clerselier surtout est coutumier, souligné par des caractères gras, les divergences portant sur un ou deux mots, corrigé directement sans le mentionner à chaque fois quelques erreurs de détail incontestables, et indiqué en note une traduction plus précise dans les seuls cas où cette rectification pouvait embarrasser un débutant." (pp. 17-18, notes omises)

    (5) Dans le premier volume des Lettres de Descartes publié en 1657, Clerselier donne le texte latin des lettres à Regius, qu'il nomme M. De Roy : lettres n° 81-99, suivies pour les « Remarques sur un certain placard... » par une version « faite autrefois » (préface), sans le texte original. C'est cette traduction des Notae qui est ici reproduite et pour les lettres à Regius, celle des éditeurs parisiens de 1724-1725, t. II, p. 228-482, 1. n0· 12-30 (cf. notre édition des Lettres à Arnauld et Morus, Vrin, 1953, Introduction, p. 8-9). Pour les deux passages de l'Epistola ad Voetium, qui n’avait jamais été traduite avant l’édition V. Cousin (1825, t. II), la parenté du style des éditions anciennes avec celui de Descartes ne jouant plus, nous proposons notre propre version, comme pour les textes de Regius traduite en Appendice.

    Une traduction inédite du texte latin sous la direction de Denis Moreau est disponible à l'adresse : caphi.univ-nantes.fr/Traduction-inedite-du-texte-latin

    "« Opuscule des plus rares, dont L. Elzevier a été l’éditeur, mais qui sort des presses de Fr. Hackius à Leyde », ajoute Alphonse Willems, p. 269-270 de son ouvrage, Les Elzevier (Bruxelles, 1880).

    Dès 1650, le même texte fut reproduit, au volume des Méditations en latin, après les sixièmes Objections et Réponses, dans les cinq éditions successives des Elzevier, 1650, 1654, 1663, 1670 et 1678, et plus tard dans celles des Blaeu, à Amsterdam, à partir de 1683. (Voir notre t. VII, p. IX-XII.)

    Cependant Clerselier avait donné, au tome I, p. [542-571], de ses Lettres de Mr Descartes, 1657, à la suite de la lettre 99, une version française des Notæ in Programma, sous le titre suivant : REMARQUES DE RENÉ DESCARTES, Sur un certain Placard imprimé aux Pays-Bas vers la fin de l'année 1647, qui portait ce titre : Explication de l'Esprit humain, ou de l’Ame raisonnable, où il est montré ce qu’elle est et ce qu’elle peut être. Version. Clerselier avertit, dans la Préface de ce tome I, qu’il a fait autrefois cette version lui-même. (Voir notre t. V, p. 625, l. 25-28.) N’étant donc qu'une version de Clerselier, elle n'a pas à figurer dans une édition des Œuvres de Descartes, et nous n’avons à nous occuper que de l’original, qui est le texte latin." (AT VIII, 2, Avertissement, p. XI.)

    "Sur la fin de l’année 1647 l’on vit paraître en Hollande deux écrits latins auxquels il semblait que M. Descartes ne devait point se montrer indifférent. Le premier était directement contre lui, et était intitulé Considération sur la méthode de la philosophie cartésienne. Il avait pour auteur ce Revius théologien de Leyde qui, n’ayant pu réussir à faire condamner les écrits de M. Descartes, n’avait su faire autre chose que d’appliquer à ses chagrins le remède qu’il avait entre ses mains, et de prendre la voie des satires et des libelles, pour se donner une satisfaction, qu’il n’avait pu recevoir de ses supérieurs. M. Descartes ayant remarqué que ce libelle n’était rempli que de cavillations inutiles, et de calomnies trop noircies pour pouvoir être crues de personne, jugea qu’il devait plutôt en rendre grâce à son auteur que de s’en tourmenter, parce que cet auteur montrait assez par là qu’il n’avait rien trouvé dans ses écrits qu’il pût reprendre avec quelque apparence de justice, et qu’ainsi il en confirmait mieux la vérité, que s'il avait entrepris de les louer publiquement.

    L’autre écrit latin qui parut en même temps le toucha davantage, quoiqu’il ne s’adressât à lui qu’indirectement, et qu’il pût dissimuler la chose sans intéresser sa réputation. Il avait pour titre Explication de l’Esprit humain ou de l’Ame raisonnable, où l’on montre ce qu’elle est et ce qu’elle peut être. Il fut imprimé à Utrecht, premièrement en forme de petit livre sous le nom de M. Regius son ancien disciple, et ensuite en feuille étendue par manière de programme ou placard pour être affiché dans les places et les rues, sans nom d’auteur ni d’imprimeur. M. Descartes l’ayant reçu de cette seconde forme reconnut aussitôt l’auteur par le style et par le bruit commun. Il y remarqua plusieurs opinions qu’il jugeait fausses et pernicieuses ; et parce qu’on était encore assez communément persuadé que M. Regius était toujours dans les sentiments qu’il lui avait inspirés autrefois, il se crut obligé de découvrir les erreurs de cet écrit, de peur qu’elles ne lui fussent imputées par ceux qui, n’ayant pas lu ses ouvrages, et surtout ses Méditations, tomberaient par hasard sur la lecture de cet écrit de Regius. Il en composa la réfutation en latin sur la fin du mois de décembre, et elle fut imprimée à Amsterdam avant qu’il en sût (a) rien, et sans sa participation, avec des vers et une préface qui n’eurent point son approbation, quoique les vers fussent de son ami M. Heydanus (b) qui n’avait pas jugé à propos d’y mettre son nom (c). Nous avons aujourd’hui cette réfutation traduite en français au premier volume de ses lettres précédée de l’écrit ou placard de M. Regius, contenant vingt et un articles ou assertions par manière de thèses sur l’Ame raisonnable, où cet auteur avait mis pour conclusion ce que M. Descartes avait dit autrefois dans l’Épître dédicatoire de ses Principes, qu'il n’y a point de gens qui parviennent plus aisément à une haute réputation de piété que les superstitieux et les hypocrites. M. Regius fit une réponse assez modeste aux observations que M. Descartes avait faites sur son placard. Mais toute sa modération ne fut point capable d’attirer une réplique de M. Descartes." (Baillet II, 334-335)

    (a) a. Sous le titre de Nota in Programma quoddam, etc.

    (b) Je croirais que c’est plutôt M. Huyghens.

    (c) Tome I, p. 434, 439.

    Sur ce texte de Descartes voir :

    Theo Verbeek, Descartes et Regius. Autour de l'Explication de l'esprit humain, Amsterdam-Atlanta: Rodopi 1993.

    Table des matières : Th. Verbeek: Préface V-IX; Th. Verbeek: Le contexte historique des Notae in programma quoddam 1; G. Rodis-Lewis: Problèmes discutés entre Descartes et Regius: L’âme et le corps 35; A. Bitpol-Hespéries: Descartes et Regius: leur pensée médicale 47; G. Olivo: L’homme en personne 69; H. H. Kubbinga: Le concept d’ » individu substantiel « chez Beeckman et chez Descartes 93; Bibliographie 105; Index 113-114.

    Alain de Libera, Remarques sur un placard : Descartes contre Regius, dans Julein Dutant, Davide Fassio, Anne Meylan (éds.), Liber Amicorum Pascal Engel, Genève: Université de Genève, Faculté des Lettres, pp. 647-673 /disponible en aligne à l'adresse : unige.ch/lettres/philo/publications/engel/liberamicorum/ ("Le « sujet cartésien » est sorti du placard en janvier 1648, avec les Notae in Programma publiées en réponse au libelle de Regius, et mises à l’Index dès 1663." (p. 656).

  16. ———. 1647/1648. La description du corps humain et de toutes ses fonctions.

    Première publication : Clerselier 1664, pp. 99-154 avec le titre "La formation du fœtus", qui est de Clerselier: voir l'Avertissement dans AT XI p. 219.

    AT XI 223-286; B Op. II, 510-597.

    Préface de Claude Clerselier aux éditions 1664 et 1677 du Monde et de l'Homme, AT XI, pp. XI-XXIV; B Op. II, 598-669.

    Première partie : Préface 223 ; Seconde partie : Du mouvement du Cœur et du Sang 228 ; Troisième partie : De la Nutrition 246 ; Digression, dans laquelle il est traité de la formation de l'Animal. Quatrième partie : Des parties qui se forment dans la semence 253 ; Cinquième partie : De la formation des parties solides 273-286.

    L'Inventaire de Stockholm, à la lettre G donne cette description du manuscrit : "Un traité intitulé La Description du corps humain, où il y a quatre feuillets de suite, et deux autres feuillets dont la suite ne se trouve point jointe, aussi un (en blanc), contenant le titre des chapitres d'un traité à faire de la nature de l'homme et des animaux. A cette liasse ont été joints dix ou douze feuillets, en partie interrompus, qui traitent du même sujet, mais sans qu'il paraisse de liaison avec les précédents." (AT X, 9-10).

    "L'inventaire des papiers de Descartes indique, à la lettre G, un Traité MS. intitulé : La Description du corps humain. Voir t. X, p. 9, l. 17.) Une lettre MS. de Clerselier, que nous avons aussi imprimée (ibid. p. 13-14) , en donne le commencement.

    Or ce commencement est identique aux premières pages d'un Traité que Clerselier a publié, dans son volume de 1664, à la suite du Traité de l'Homme, sous le même titre initial de La Description du Corps humain, bien qu'il imprime en haut des pages ce titre différent De la Formation du Fœtus.

    L'authenticité de cette publication est donc assurée incontestablement.

    A vrai dire, ce double titre de Clerselier demande explication. Mais c'est que le Traité, d’ailleurs inachevé, comprend aussi deux parties distinctes : la première, en effet, entreprend une description du corps humain, ou plutôt de ses fonctions, avec un programme complet que s’était tracé Descartes (p. 112-113, édit. Clerselier), et qu'il n’a fait qu'entamer ; la seconde apparaît comme une digression, et c’est bien ainsi que Clerselier la présente (ibid., p. 137) ; elle explique la formation de l’animal. Mais entre les deux la soudure existe, et non pas une soudure artificielle : Descartes l’a faite lui-même de sa main.

    Toutefois le second titre de Clerselier : De la Formation du Fœtus, semble bien être de l'éditeur ; outre qu’il ne convient pas à l’ensemble du traité, et ne désigne réellement que la seconde partie, la « digression » , Descartes aurait intitulé celle-ci De la Formation de l'animal ; et c’est aussi le titre que nous mettrons en haut des pages, pour cette seconde partie, réservant pour la première : Description du Corps humain." (AT XII, 219-220)

    Lettre à la princesse Élisabeth du 31 janvier 1648 : "... j'ai maintenant un autre écrit entre les mains, que j'espère pouvoir être plus agréable à Votre Altesse : c'est la description des fonctions de l'animal et de l'homme." (AT V, 112 = Baillet II, 337-338; O VIII 2, 292; B642).

  17. ———. 1648. Projets d'une école des arts et métiers (Extraits de Baillet).

    Baillet II 433-434; AT XI, 659-660; B Op. II, 918-921.

    "Une offre d'un autre ami, M. d'Alibert lui plut davantage. Celui-ci songeait à fonder une École des arts et métiers, dont il aurait fourni les frais, et qui devait être ouverte en dehors des heures ou des jours de travail, aux artisans et ouvriers désireux de s'instruire. L'idée répondait bien aux vues de Descartes sur l'union de la théorie et de la pratique, ou de la science et de ses applications : la science toute seule reste sans effets utiles, et l'art ou le métier, sans la science, n'est qu'une routine aveugle, incapable de se perfectionner." (Charles Adam, Vie et œuvres de Descartes, Paris: Cerf, 1910, p. 470.)

  18. ———. 1648. [Entretien avec Burman] Responsiones Renati Des Cartes ad quasdam difficultates ex Meditationibus ejus, etc., ab ipso haustae.

    Première édition dans : Revue Bourguignonne de l'Enseignement supérieur, 1896, pp. 1-52.

    AT V, 146-179; B Op. II, 1246-1307.

    Traductions :

    Entretien avec Burman. Manuscrit de Göttingen, Texte présenté, traduit et annoté par Charles Adam, Paris: Boivin 1937 (Seconde édition Paris: Vrin, 1975).

    L'entretien avec Burman, Édition, traduction et annotation par Jean-Marie Beyssade, Paris: Presses universitaires de France, 1981.

    Table des matières : Avertissement 5; Chronologie des éditions antérieures 10; Liste des abréviations 11;

    L'ENTRETIEN AVEC BURMAN

    Méditations métaphysiques 13; Remarques sur un Placard 94; Principes de la philosophie 96; Discours de la méthode 134;

    RSP OU LE MONOGRAMME DE DESCARTES

    Philosophie, histoire de la philosophie, 153 De l'âme à l'homme, 160 L’intellection de l’infini, 171 L’ontologie cartésienne, 181 L’interprétation des signes, 190

    Index 209-212.

    Éditions utilisées par Burman :

    Renati Descartes, Meditationes De Prima Philosophia, In quibus Dei existentia et animae humanae a corpore distinctio demonstrantur. His adiunctae sunt variae objectiones doctorum virorum in istas de Deo et anima demonstrationes; Cum Responsionibus Authoris. Secunda editio septimis objectionibus antehac non visis aucta. Amstelodami, Apud Ludovicum Elzevirium, 1642);

    Renati Des-Cartes, Principia Philosophiae, Amstelodami, Apud Ludovicum Elzevirium, Anno 1644);

    Renati Descartes, Notae in Programma quoddam, sub finem anni 1647 in Belgio editum cum hoc titulo: Explicatio mentis humanae sive animae rationalis, ubi explicatur quid sit et quid esse possit, Amstelodami, Apud Ludovicum Elzevirium, 1648

    Renati Des Cartes, Specimina Philosophiae seu Dissertatio De Methodo... Amstelodami, apud Ludovicum Elzevirium 1644).

    "Ce sont donc des difficultés proposées de vive voix à Descartes par Burman, avec les réponses recueillies par le même Burman de la propre bouche du philosophe, à Egmond, le 16 avril 1648. Quelques mots du feuillet 88, recto, I. 6-7, permettent de reconstituer la scène : ce fut une conversation pendant le repas ; on était à table et ou causait en mangeant ( jam ego concipio et cogito simul me loqui et edere, dit Descartes donnant comme exemple ce qu'il fait en ce moment). Ailleurs, ayant à citer, (f. 36 verso, l. 5) deux noms de ville, les premiers qui lui viennent è l'esprit sont Alcmaer, la ville la plus proche d’Egmond, et Leyde, la ville natale de sou interlocuteur.

    François Burman, en effet, était né à Leyde, en 1688. Fils de pasteur, il devint lui-même pasteur ; on le trouve un an à Hanovre, en cette qualité, puis un an à Leyde sous-régent au collège des Etats, enfin professeur de théologie à Utrecbt où il mourut le 21 novembre 1679 ; son oraison funèbre fut prononcée par Grævius, dont nous avons rencontré le nom tout à l'heure, dans le même cahier, avec la date de 1691. Burman était donc un tout jeune homme en 1648 : il n'avait que vingt ans, et ou ne sait ce qu’on doit le plus admirer des difficultés qu’il propose à cet âge ou de la complaisance avec laquelle lui répond le philosophe, âgé de cinquante-deux ans déjà, et de plus auteur du Discours de la méthode, des Méditations métaphysiques et des Principes de Philosophie. Peut-être aussi Descartes avait-il connu le père à Leyde ; on s'expliquerait alors qu’il causât eu toute liberté devant le fils d’un ami. Il parle, en effet, sans ménagement aucun, des théologiens et même de Saint Thomas ; il dit son mot sur Aristote et sur la Bible ; il met enfin ce petit étudiant dans la confidence de ses derniers travaux, l'hiver de 1647-1648, et même de son régime de vie, régime intellectuel (s'occuper de physique surtout, bien plutôt que de métaphysique) et régime du corps ; bien des détails intimes et tout personnels viennent ainsi confirmer ou compléter ceux que l'on connaissait déjà sur Descartes.

    De retour à Amsterdam, Burman y rencontre Clauberg, qui, né en 1623, n'était sou ainé que de six ans, et lui fait part de cette conversation. Avait-elle été rédigée déjà, séance tenante, par Burman seul ? ou bien les deux jeunes gens s’entendirent-ils pour la rédiger ensemble, le 10 avril, c'est-à-dire quatre jours après la date même de la conversation, qui avait eu lieu le 16 avril ?

    Sont-ce enfin les propres paroles de Descartes, en quelque sorte sténographiées par son interlocuteur, ou seulement le souvenir qu'il en avait gardé, et qu’il a peut-être arrangé avec un ami préoccupé comme lui des doctrines cartésiennes ? Les mots : responsiones Renati des Cartes... ab ipso haustœ réponses recueillies de la bouche même de Descartes, et pour ainsi dire puisées à la source), ainsi que l’indication exacte de plus de soixante pages ou articles avec une ligne de chacun textuellement citée rendent la première supposition des plus vraisemblables. Eu tout cas Clauberg prit lui-même copie du texte ainsi rédigé, et c'est la copie de Clauberg qui a été copiée ensuite à Dordrecht, le 13 et 14 juillet, on ne sait en quelle année ni par qui. Clauberg mourut à Duisbourg, le 31 janvier 1665 ; en 1691, parut à Amsterdam une édition de ses Opera philosophica, 2 vol. in-4, où ne se trouve pas cette conversation de Descartes et de Burman. Faut-il conjecturer de là qu'elle aurait été copiée pour compléter l'édition, et vers le même temps, cette année 1691 étant aussi mentionnée dans le cahier manuscrit, au feuillet 21, comme date d’une lettre à Grævius ? Le cahier ne serait d’ailleurs entré que plus tard dans la bibliothèque de Crusius [*] (né lui-même en 1715, peut-être seulement à la date de 1751, inscrite, nous l’avons vu, en haut de la première page." (Charles Adam, "Manuscrit de Gottingen. Descartes (Méditations, Principes, Méthode)", Revue Bourguignonne de l'Enseignement supérieur, 1896, pp. 2-3)

    "Le MS. est paginé seulement au recto des feuilles ; f. 27 à f. 43 inclus. Il comprend trois parties : objections et réponses, 1° sur les Méditations, 2° sur les Principes, 3° sur le Discours de la Méthode.

    Les passages sont indiqués avec renvois aux pages de la seconde édition latine des Méditations (Amsterdam, Louis Elsevier, 1642), aux articles de chaque livre des Principes, et aux pages de la traduction latine du Discours de la Méthode, etc. (Amsterdam, Louis Elsevier, 1644). Après l'indication de chaque passage se trouve ordinairement une objection, puis la réponse de Descartes, puis une nouvelle objection, puis une nouvelle réponse, etc. Les réponses sont le plus souvent annoncées par la lettre R, tandis que rien n’annonce les objections. Cela n’a pas d’inconvénient, lorsqu’il n’y a qu’une objection et aussi qu’une réponse à la suite. Mais, s’il y a deux, ou trois, ou même quatre objections successives, il a fallu trouver l'endroit où chacune d’elles commence et se détache de la réponse qui précède. Nous avons indiqué cet endroit par la lettre O entre crochets (O désignant les objections, comme R les réponses). (Charles Adam, AT V, 150).

    [*] "Le cahier catalogué à Göttingen Cod. Ms. philol. 264, fit partie de la bibliothèque d’un Crusius (on lit au verso du premier feuillet : « Ex Bibl. M. Crusii »).

    "Adam (2), suivi par John Cottingham (3) et Jean-Marie Beyssade (4), estime qu’il doit s’agir de Christian August Crusius (1715-1775), adversaire de Leibniz et Wolff, qui devint professeur de théologie à Leipzig en 1750. Mais en réalité, comme l’indique Hans Werner Arndt (5), il doit plus vraisemblablement s’agir de Magnus Crusius (1697-1751), le livre paraissant être entré dans l’actuelle Niedersächsische Staats und Universitätsbibliothek où M. Crusius était théologien, l’année même de sa mort, comme l’atteste la date 1751 inscrite sur le premier feuillet où apparaît également un cachet Ex Bibliotheca Acad. Georgiæ Augustæ - George Auguste étant le nom de l’Université, fondée en 1737." (Xavier Kieft, "L'Entretien de Descartes avec Burman : un malentendu historico-philosophique", Klesis. Revue philosophique, 11, 2009, pp. 108–134)

    (2) Édition de 1896, p. 1 et Adam [1937], p. VIII.

    (3) Descartes’ Conversation with Burman, translated with introduction and commentary by J. Cottingham, Oxford, Clarendon, 1976 (désormais cité « Cottingham »), p. XII.

    (4) Beyssade [1981], p. 5.

    (5) R. Descartes, Gespräch mit Burman, Übersetzt und herausgegeben von H. W. Arndt, Hambourg, Meiner, 1982 (désormais cité « Arndt »), p. I et pp. XXVII-XXVIII. Arndt pense même avoir identifié l’écriture du dit Magnus Crusius.

    Johannes Clauberg cite un passage de l'Entretien avec Burman (AT V 177) dans le chapitre XVIII de sa Defensio cartesiana, Amstelodami, 1652 (repris dans Opera Omnia Philosophica, Amstelodami 1691, p. 1000, réedition Hildeshein: Georg Olms 1968)

  19. ———. 1648. [Traité de l'érudition].

    Dans une lettre à Descartes du 5 décembre 1647 Élisabeth de Bohême, princesse Palatine, écrivait :

    "Cela vous montre combien le monde a besoin du Traité de l'Érudition, que vous avez autrefois voulu faire. Je sais que vous êtes trop charitable pour refuser une chose si utile au public, et que, pour cela, je n'ai pas besoin de vous faire souvenir de la parole que vous [m']en avez donnée." (AT V 97, 4-19 = Baillet II, 337; B636).

    Le 31 janvier 1648 Descartes répond :

    "J'ai reçu les lettres de votre Altesse du 23 décembre presque aussitôt que les précédentes, et j'avoue que je suis en peine touchant ce que je dois répondre à ces précédentes, à cause que votre Altesse y témoigne vouloir que j'écrive le Traité de l'Érudition, dont j'ai eu autrefois l'honneur de lui parler. Et il n'y a rien que je souhaite avec plus de zèle, que d'obéir à vos commandements ; mais je dirai ici les raisons qui sont cause que j'avais laissé le dessein de ce traité, et si elles ne satisfont à votre Altesse, je ne manquerai pas de le reprendre. (2) La première est que je n'y saurais mettre toutes les vérités qui y devraient être, sans animer trop contre moi les gens de l'École, et que je ne me trouve point en telle condition que je puisse entièrement mépriser leur haine (3). La seconde est que j'ai déjà touché quelque chose de ce que j'avais envie d'y mettre dans une préface qui est au-devant de la traduction française de mes Principes, laquelle je pense que votre Altesse a maintenant reçue. La troisième est que j'ai maintenant un autre écrit entre les mains, que j'espère pouvoir être plus agréable à Votre Altesse : c'est la description des fonctions de l'animal et de l'homme." (AT V, 111-112 = Baillet II, 337-338; O VIII 2, 292; B642).

    (2) On peut se demander s'il ne s'agit pas ici des Regulae (voir Descartes, Écrits de jeunesse, éd. V. Carraud, Paris, 2013).

    (3) Allusion à ses démêlés à Leyde (avec Revius) et à Utrecht (avec Voet).

  20. ———. 1649. Les passions de l'âme. Paris: Henry Le Gras.

    AT XI, 301-488; B Op. I, 2300-2527.

    Traduction latine : Passiones animae per Renatum Des-Cartes: Gallice ab ipso concriptae, nunc autem in exterorum gratiam Latina civitate donatae ab H.D.M.I.V.L., Amstelodami apud L Elzevirium, 1650 (la traduction est de Henricus Des-Marets, fils de Samuel Desmarets (1599-1673); voir : Paul Dibon, "La Traduction latine des Passions de l'âme", dans Regards sur la Hollande du siècle d'or, Napoli, Vivarium, 1990, pp. 523-550.)

    Premières références au thème des "passions de l'âme" dans les écrits de Descartes :

    "En ce qui concerne la variété des passions que la musique peut exciter par la variété de la mesure, je dis qu’en général une mesure lente excite en nous également des passions lentes, comme le sont la langueur, la tristesse, la crainte, l’orgueil, etc., et que la mesure rapide fait naître aussi des passions rapides, comme la joie, etc. Il faut en dire autant des deux genres de battue : la mesure carrée, qui se résout toujours en membres égaux, est plus lente que celle qui est battue en triplât, c’est-à-dire celle qui se compose de trois parties égales. La raison en est que celle-ci occupe davantage le sens parce qu’il y a en elle plus de membres à remarquer — à savoir trois —, tandis qu’il n’y en a que deux dans l’autre. Mais une recherche plus exacte de cette question dépend d’une excellente connaissance des mouvements de l’âme, et je n’en dirai pas davantage." (AT X 95; traduction du latin par Frédéric de Buzon, Abrégé de Musique. Compendium Musicae, Paris: Presses Universitaires de France, 1987, 62).

    "A la suite de cela, il faudrait maintenant parler des diverses vertus des consonances à exciter les passions ; mais une recherche plus exacte de cette manière peut être tirée de ce qui a été dit, et dépasserait les limites d’un abrégé. Car ces vertus sont si variées et dépendent de circonstances si légères qu’un volume entier ne suffirait pas à épuiser la question." (AT X, 111; Abrégé de Musique cit., 88)

    "De là, et d’autres choses semblables on pourrait déduire plusieurs choses concernant la nature des degrés, mais cela serait long. Il suit que je devrais traiter maintenant de chaque mouvement de l’âme qui peut être excité par la musique, et je pourrais montrer par quels degrés, consonances, rythmes et choses semblables ils doivent être excités ; mais cela dépasserait les limites d’un abrégé." (AT X, 140; Abrégé de Musique, cit., 138)

    "Il y a dans tout esprit certaines parties qui, touchées même légèrement, excitent des passions fortes.

    Ainsi un enfant qui a l'âme généreuse, si on le gronde, ne pleurera pas, mais il s’emportera ; un autre versera des larmes.

    Si l’on nous dit que de grands malheurs sont arrivés, nous nous attristerons ; si l’on ajoute qu’il y avait en cause quelque méchant, nous nous mettrons en colère. Le passage d une passion à une autre se fait par les passions voisines ; quelquefois pourtant il y a des passages violents par les contraires : supposez par exemple que la nouvelle d’un grand malheur se répande tout à coup au milieu de la joie d’un festin.

    De même que l’imagination se sert des figures pour concevoir les corps ; de même l’intelligence emploie certains corps sensibles pour figurer les choses spirituelles, comme le vent, la lumière. Une philosophie plus profonde peut élever l’esprit par la connaissance à des hauteurs sublimes." (Cogitationes privatæ, AT X 217 (traduction du latin par Foucher de Careil, I, 11).

    "Premièrement, pour ce qui est des esprits animaux, ils peuvent être ou moins abondants, et leurs parties plus ou moins grosses, et plus ou moins agitées, et plus ou moins égales entre elles une fois que l'autre (138) ; et c’est par le moyen de ces quatre différences, que toutes les diverses humeurs ou inclinations naturelles (139) qui sont en nous (au moins en tant qu’elles ne dépendent point de la constitution du cerveau, ni des affections particulières de l’âme) sont représentées en cette machine. Car, si ces esprits sont plus abondants que de coutume, ils sont propres à exciter en elle des mouvements tout semblables à ceux qui témoignent en nous de la bonté, de la libéralité et de l'amour ; et de semblables à ceux qui témoignent en nous de la confiance ou de la hardiesse, si leurs parties sont plus fortes et plus grosses ; et de la constance, si avec cela elles sont plus égales en figure, en force, et en grosseur ; et de la promptitude, de la diligence, et du désir, si elles sont plus agitées ; et de la tranquillité d’esprit, si elles sont plus égales en leur agitation. Comme, au contraire, ces mêmes esprits sont propres à exciter en elles des mouvements tout semblables à ceux qui témoignent en nous de la malignité, de la timidité, de l'inconstance, de la tardiveté (a), et de l'inquiétude, si ces mêmes qualités leur défaillent (b).

    Et sachez que toutes les autres humeurs ou inclinations naturelles sont dépendantes de celles-ci (140). Comme l'humeur joyeuse est composée de la promptitude et de la tranquillité d’esprit ; et la bonté et la confiance servent à la rendre plus parfaite. L'humeur triste est composée de la tardiveté et de l’inquiétude, et peut être augmentée par la malignité et la timidité. L'humeur colérique est composée de la promptitude et de l'inquiétude, et la malignité et la confiance la fortifient. Enfin, comme je viens de dire, la libéralité, la bonté, et l’amour dépendent de l’abondance des esprits, et forment en nous cette humeur qui nous rend complaisants et bienfaisants à tout le monde. La curiosité et les autres désirs dépendent de l’agitation de leurs parties ; et ainsi des autres." (AT XI, 166-167; Le Monde, l'Homme, Introduction de Annie Bitbol-Hespériès; textes établis et annotés par Annie Bitbol-Hespériès et Jean-Pierre Verdet, Paris: Seuil, 1996, pp. 146-147)

    Le 11 juin 1640 Descartes écrit à Mersenne : "J'écrirai à Monsieur de Zuylichem (84) pour lui demander le livre de Monsieur de la Chambre (85) et vous en dirai mon sentiment." (AT III 87; O VIII 1, 383; B 255).

    (84) Lettre à Huygens perdue (Huygens était alors en campagne militaire en Flandre).

    (85) Marin Cureau de La Chambre [1594 - 1669], Les Caractères des passions, 1640 (privilège du 15 décembre 1639) ; il s'agit des Passions pour le bien ; un second volume, Les Passions courageuses, paraîtra en 1645.

    Lettre à Mersenne du 28 janvier 1641 : "J'ai reçu, il y a déjà quelques semaines, le livre de Monsieur de la N. (9), et un autre du dixième livre d'Euclide mis en français (10). Mais pour vous avouer la vérité, sur ce que Monsieur de Zuylichem m'avait dit, avant de me les envoyer, qu'ils ne contenaient rien de fort exquis, et que j'avais d'autres occupations, je les ai laissé reposer, après avoir lu deux ou trois heures dans le premier, sans rien y trouver que des paroles."

    (9) Peut-être les Caractères de Marin Cureau de La Chambre, dont il est déjà question dans à Mersenne, 11 juin 1640 (AT III 87, [O VIII 1, 383] B 255) et 28 octobre 1640 (AT III 207, [O VIII 1, 415-416] B 278).

    (10) Le Traité des quantités de J.-A. Le Tenneur.

    En 1645 Descartes suggère à la princesse Élisabeth de lire le De vita beata de Sénèque (lettre du 21 juillet, (AT IV 253; O VIII 2, 208; B511) ; voir aussi les lettre du 4 août 1645 : "Lorsque j'ai choisi le livre de Sénèque De vita beata, pour le proposer à Votre Altesse comme un entretien qui lui pourrait être agréable, j'ai eu seulement égard à la réputation de l'auteur et à la dignité de la matière, sans penser à la façon dont il la traite, laquelle ayant depuis considérée, je ne la trouve pas assez exacte pour mériter d'être suivie." (AT IV, 263, [O VIII 2, 209] B 514), et du 18 août 1645 : "J'ai dit ci-devant ce qu'il me semblait que Sénèque eût dû traiter en son livre ; j'examinerai maintenant ce qu'il traite." (AT IV, 271-272; O VIII 2, 224; B 517).

    Descartes expose les premières esquisses de sa théorie des passions dans trois lettres à Élisabeth : 1 septembre 1645 (AT IV 281-287; O VIII 2, 219-223; B 524) ; 15 septembre 1645 (AT IV, 290-296; O VIII 2, 225-2231; B 519) ; 6 octobre 1645 (AT IV, 304-317; O VIII 2, 231-239; B526).

    Le commencement du livre est annoncé dans la lettre à la princesse du 3 novembre 1645 : "J'ai pensé ces jours au nombre et à l'ordre de toutes ces passions, afin de pouvoir plus particulièrement examiner leur nature ; mais je n'ai pas encore assez digéré mes opinions, touchant ce sujet, pour les oser écrire à Votre Altesse, et je ne manquerai de m'en acquitter de plus tôt qu'il me sera possible." (AT IV, 331; O VIII 2, 242; B 529).

    Un première version du livre est terminée au début de 1646 (lettre d'Élisabeth du 25 avril) : "Cela m'a empêché jusqu'ici de me prévaloir de la permission, que vous m'avez donnée, de vous proposer les obscurités que ma stupidité me fait trouver en votre Traité des passions (3), quoiqu'elles sont [sic] en petit nombre, puisqu'il faudrait être impassible, pour ne point comprendre que l'ordre, la définition et les distinctions que vous donnez aux passions, et enfin toute la partie morale du traité, passent tout ce qu'on a jamais dit sur ce sujet." (AT IV 404; O VIII 2, 252; B 554).

    (3) Descartes s'était rendu le 7 mars à La Haye (à Chanut, 6 mars 1646, AT IV, 376 l. 11, [O VIII 2, 252] B 545) et avait pu y laisser à la princesse une copie manuscrite de son Traité des passions de l'âme.

    Voir aussi la lettre à Élisabeth du mai 1646: "Je reconnais, par expérience, que j'ai eu raison de mettre la gloire au nombre des passions (2) ; car je ne puis m'empêcher d'être touché, en voyant le favorable jugement que fait Votre Altesse du petit traité que j'en ai écrit (3) Et je ne suis nullement surpris de ce qu'elle y remarque aussi des défauts, parce que je n'ai point douté qu'il n'y en eût en grand nombre, étant matière que je n'avais jamais ci-devant étudiée, et dont je n'ai fait que tirer le premier crayon (4), sans y ajouter les couleurs et les ornements qui seraient requis pour la faire paraître à yeux moins clairvoyants que ceux de Votre Altesse." (AT IV 407; [O VIII 2, 254] B 556).

    (2) Passions de l'âme III § 204 (AT XI, 482).

    (3) Voir lettre à Élisabeth, 25 avril 1646 (AT IV, 404; [O VIII 2, 252] B 554).

    (4) Au sens d' « esquisse ».

    Le 20 novembre 1647 Descartes envoi une copie manuscrite de son livre à la Reine Christine de Suède : "J'ai appris de Monsieur Chanut (2) qu'il plaît à Votre Majesté que j'aie l'honneur de lui exposer l'opinion que j'ai touchant le Souverain Bien, considéré au sens que les philosophes anciens en ont parlé ; et je tiens ce commandement pour une si grande faveur, que le désir que j'ai d'y obéir me détourne de toute autre pensée, et fait que, sans excuser mon insuffisance, je mettrai ici, en peu de mots, tout ce que je pourrai savoir sur cette matière." (AT V, 81-82; O VIII 2, 311; B 631).

    (...)

    "J'omets encore ici beaucoup d'autres choses, parce que, me représentant le nombre des affaires qui se rencontrent en la conduite d'un grand royaume, et dont Votre Majesté prend elle-même les soins, je n'ose lui demander plus long audience. Mais j'envoie à Monsieur Chanut quelques écrits (4), où j'ai mis mes sentiments plus au long touchant la même matière, afin que, s'il plaît à Votre Majesté de les voir, il m'oblige de les lui présenter, et que cela aide à témoigner avec combien de zèle et de dévotion, je suis..." (AT V 87-88; O VIII 2, 314; B 631).

    (2) Voir lettre de Chanut, 21 septembre 1647 (AT V, 89-90, B 628; lettre résumée par Descartes à Élisabeth, 20 novembre 1647, AT V 89-92, [O, VIII, 2, 289-290] B633).

    (4) Les Passions de l’âme et plusieurs lettres envoyées à Élisabeth (21 juillet 1645, AT IV 251-253, [O VIII 2, 207-209] B511 ; 4 août 1645, AT IV 263-268, [O VIII 2, 209-212] B514; 18 août 1645, AT IV 271-278, [O VIII 2, 214-218] B517; 1er septembre 1645, AT IV, 281-287, [O VIII 2, 219-223] B517; 15 septembre 1645, AT IV, 290-296, [O VIII 2, 225-229] B521, et, en partie, 6 octobre 1645, AT IV, 304-317, [O VIII 2, 231-239] B 526); à Élisabeth, 20 novembre 1647 (AT V, 90 l. 25-91 l. 3, [O VIII 2, 289-290] B 633).

    Descartes fait ses dernières modifications entre avril et août 1649 : "Pour le traité des Passions, je n'espère pas qu'il soit imprimé qu'après que je serai en Suède (3); car j'ai été négligent à le revoir et y ajouter les choses que vous avez jugé y manquer, lesquelles l'augmenteront d'un tiers ; car il contiendra trois parties, dont la première sera des passions en général, et par occasion de la nature de l'âme, etc., la seconde des six passions primitives, et la troisième de toutes les autres." (AT V, 354; O VIII 2, 725; B 697).

    "L’accroissement d’environ un tiers n’implique pas nécessairement que le contenu de la troisième partie y ait été ajouté en totalité : les développements sur la générosité, et les conclusions générales du Traité n’étaient-ils pas au moins ébauchés dans cette « partie morale » qui satisfaisait si fort Élisabeth (3) ? Mais les observations de détail de la Princesse concernaient essentiellement la seconde partie actuelle (4)." (Genèvieve Rodis-Lewis, Introduction à son édition de Les passions de l'âme, Paris: Vrin, 2010, p. 26 (première édition 1994).

    (3) 25 avril 1646, AT IV, 404 [O VIII 2, 252; B 554].

    (4) Ch. Adam avait d’abord rapporté une remarque d’Élisabeth à l’art. 170 (AT IV, 414, note), mais la langueur est déjà évoquée dans les articles 119 à 121 (AT XI, 298). La seconde partie, sous sa forme définitive, amorce plusieurs renvois à la troisième, précisément à propos de la générosité (art. 83, 145).

  21. ———. 1649. La naissance de la paix. Ballet.

    Texte d'un ballet dansé au château royal de Stockholm le jour de la naissance de Christine de Suède le 18 décembre 1649.

    AT (nouvelle édition) V 616-627; B op. II, 1412-1435.

    La première édition (Stockholm, Jean Janssonius, 1649 disponible à l'adresse : diglib.hab.de/wdb.php?dir=drucke/20-4-quod-2f-6) à été découverte par Johan Nordström dans la Bibliotheca Carolina Rediviva de Uppsala et publiée par lui et Albert Thibaudet avec le titre: Un Ballet de Descartes. La Naissance de la Paix, Revue de Genève, pp. 173-185 (avec une introduction de A. Thibaudet (pp. 161-170) et une note de J. Nordström (pp. 171-172).

    L'authenticité de cet écrit a été déniée par Richard A. Watson, "René Descartes n'est pas l'auteur de la Naissance de la paix", Archives de Philosophie, 53, 1990, pp. 389-401 et Descartes's Ballet. His Doctrine Of the Will and His Political Philosophy, St. Augustine's Press, South Bend, 2007 (avec la traduction du texte) et par Matthijs van Otegem, A Bibliography of the Works of Descartes (1637-1704), Utrecht: Proefschrift Universiteit, 2002, vol. II, pp. 731-735.

    Geneviève Rodis-Lewis a défendu l'authenticité de l'œuvre (contra Watson) dans: "Gli ultimi scritti di Descartes", traduit en italien par Leon Ginzburg, Discipline Filosofiche, 1993, pp. 15-42, version française dans : G. Rodis-Lewis, Le développement de la pensée de Descartes, (recueil d'articles), Paris: Vrin, 1997, pp. 203-223.

  22. ———. 1649. Projet de comédie (Extraits de Baillet).

    Baillet II, 407-408 (le texte est perdu); AT XI 661-662; B Op II, 922-923.

    "Nous avons pareillement une espèce de Comédie française, qu'il fit en prose mêlée de quelques vers, pendant son séjour à la Cour de Suède. Ce fut l'un des fruits de l'oisiveté où la Reine le retint durant l'absence de l'Ambassadeur de France, dont elle attendait le retour. La pièce est imparfaite, et le quatrième Acte ne paraît pas même achevé. Elle a tout l'air d'une Pastorale ou Fable bocagère. Mais quoiqu'il semble avoir voulu envelopper l'amour de la Sagesse, la recherche de la Vérité, et l'étude de la Philosophie, sous les discours figurez de les personnages ; on peut dire que tous ces mystères seront assez peu importants au Public, tant qu'il jouira des autres écrits, où M. Descartes s'est expliqué sans mystères. » (Baillet II, 407)

  23. ———. 1650. Projet d'une académie à Stockholm (Extraits de Baillet).

    AT XI 663-665; Baillet II, 411-413; B Op. II, 925-929.

    C'est le dernier écrit de Descartes (1 février 1650).

    "...La Reine, qui ne songeait à rien moins qu'à l'incommoder, l'obligea, dans le fort de la maladie de M. l'Ambassadeur, de retourner encore au Palais après-midi pendant quelques jours, pour prendre avec elle la communication d'un dessein de Conférence ou d'Assemblée de Savants, qu'elle voulait établir en forme d'Académie, dont elle devait être le chef et la protectrice. Elle regarda M. Descartes comme l'homme du meilleur conseil qu'on put écouter sur cet établissement, et elle le choisit pour en dresser le plan et pour en faire les règlements. Il lui porta le mémoire qu'il en avait fait, le premier jour de Février, qui fut le dernier qu'il eut l'honneur de voir la Reine." (Baillet II, p. 411).

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